Institut des Territoires Coopératifs

11 mai – La Licorne

Saint Germain Lembron (Puy de Dôme) – Rencontre avec les acteurs de La Licorne

Son action

Si la licorne est un animal fabuleux, celle où nous nous arrêtons à Saint Germain Lembron est un lieu qui mérite bien son nom. L’affichette à l’entrée annonce: « Médiathèque communale à vocation inter-communale et sous gestion associative ». On entrevoit déjà l’ambition (et la complexité) d’ancrer une dynamique citoyenne dans une démarche territoriale.

En fait, à l’heure où beaucoup d’acteurs imaginent créer un tiers-lieu sur leur territoire, la Licorne ne se présente pas comme telle au premier abord, mais c’est bien un tiers lieu, imaginé et créé avant même que le mot n’existe et n’entre dans le nouveau crédo du développement territorial.

L’intention qui guide les acteurs de la Licorne est simple : inciter chacun à pousser la porte, à entrer dans les lieux, et à s’y sentir bien. La médiathèque, les activités, les jeux de sociétés, la console vidéo, les expositions, les projections de films, ou les cours d’œnologie sont des supports pour que chacun, quel que soit son âge, son milieu ou son statut, trouve à la Licorne quelque chose qu’il n’a pas chez lui, un « lieu de vie, d’envie, de savoir de partage, Le tiers-lieu est un «entre deux» – entre maison et travail, espace privé et public ». Comme le dit la Maire de St Germain Lembron ce lieu « vous ressemble, puisque c’est vous qui le composez ». Et comme le dit Georgette, la Présidente, la Licorne a su donner un sens au mot « tiers lieu ».

L' »essaimeur culturel » ne cesse d’évoluer. La Licorne est ouverte 7 jours sur 7, reconnue « Espace de vie sociale », accueille désormais une permanence de la mission locale, du planning familial ou de la MSA…

Dans la rue en arrivant dans le village, nous avons croisé trois jeunes. « Tu vas où là » dis l’un. L’autre « A la Licorne ». « Bon OK, on y va répond le 3ème ». Quant à nous, c’est l’un des (rares) tiers-lieux où nous nous sommes sentis bien, dans un lieu réellement habité. Chapeau la Licorne.

Ce qu’ils retiennent de la journée

Des résonances avec nos travaux

Avec tous les collectifs que nous rencontrons désormais, nous reprenons dans notre journal d’itinérance trois points clés que la rencontre a permis d’explorer et de questionner.

Merveilleuse illustration du principe d’action « Entre lutter contre et aller vers » : l’acte de naissance de La Licorne a été écrit en 2007 lors de l’annonce de la fermeture d’une classe maternelle à l’école de Saint Germain Lembron. Mobilisation des parents, des acteurs du territoire, occupation de l’école… Cette période met en lumière un manque sur le territoire, le désir d’un lieu de rencontre et de culture. À force de ténacité, la mobilisation paye et la classe ne ferme pas. Fort de cette victoire, le collectif se transforme et imagine de créer une médiathèque : la Licorne est née. Comme à Murat (voir notre rencontre avec De l’eau aux moulins), le collectif conserve l’énergie acquise dans le « lutter contre », et la transforme, la transcende dans un « aller vers ».

Le deuxième enseignement de cette rencontre concerne l’œuvre commune. On pourrait croire au premier abord que la Licorne est une médiathèque. Mais c’est plus qu’une médiathèque. Un lieu pour exercer des activités de groupe ? Suivre des formations ? Jouer ? Apprendre ?… Peu à peu au fil des échanges, l’œuvre commune qui mobilise les acteurs de la Licorne nous apparait. Comme avec De l’eau aux moulins l’œuvre commune n’est pas matérielle mais bien spirituelle, c’est-à-dire du domaine de l’esprit: l’œuvre n’est pas le lieu, c’est l’esprit du lieu. C’est peut-être grâce à cela que ces initiatives sont capables de se développer de manière organique, puisque leur but n’est pas défini par rapport à un objet, mais par rapport à une intention (ici celle de permettre à chacun de pousser la porte et de s’y sentir bien) qui peut se matérialiser sous des formes multiples et infinies.

Enfin, nous touchons à la Licorne un réel processus coopératif, au sens que nous avons donné au mot coopération : être co-auteur d’une œuvre commune. Si les gens se sentent bien à la Licorne, c’est parce que le lieu est défini par ses usagers, par ses bénévoles et par ses salariés. Ses acteurs en sont les auteurs : non seulement ils construisent le lieu ensemble, mais ils le pensent ensemble. C’est dans ce co-autorat que réside, selon nous, l’ingrédient clé du succès de la Licorne, une inspiration pour de nombreux projets de territoire.


Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt