Institut des Territoires Coopératifs

16 octobre 2018 – Accessibilité / Terres blanches

De Girondelle à Falaise

Une centaine de kilomètres sépare notre rencontre avec Coopélis de celle avec la CUMA de Condé. 100kms vers le Sud-Sud-Est. Trop de distance pour marcher avec seulement 2 jours d’écart : nous prenons en milieu de journée un bus de Auvillers-les-forges à Charleville-Mézières, puis un TER vers Rethel, un autre bus vers Vouziers, pour finir, vers 20h, la nuit tombée, par une marche de 4kms pour trouver notre gîte à Falaise. Un périple dont ressortent deux faits marquants.

Accessibilité

Pas simple… Pas simple de passer les coups de téléphone nécessaires à la planification des étapes à venir : nous traversons plusieurs “zones blanches” en matière de réception mobile, et lorsque la porteuse est suffisante pour initier l’appel, elle reste instable. Nos interlocuteurs nous disent qu’au contraire de s’améliorer, ils voient une dégradation de ce service depuis plusieurs années. En 2018, à l’heure où les métropoles sont connectées à la fibre et parlent de dizaine de Megabits secondes, de nombreuses zones rurales ne peuvent toujours pas bénéficier d’un réseau de téléphone mobile stable.

Pas simples… Pas simples de se déplacer en dehors de l’axe Châlons – Reims – Charleville. Nous commençons par prendre un bus en milieu de journée vers Charleville (2 bus par jour : le premier avant 7h le matin, le second vers 13h). Cela dit, le bus est quasiment vide… A Charleville, l’attente est de 1 heure pour le TER vers Rethel (utile pour le ravitaillement). A Rethel, l’attente est de 2 heures pour le bus de Vouziers. Un bus à la demande que nous avions pris soin de réserver plusieurs jours à l’avance. La marche nocturne le long de la départementale n’est pas simple non plus : pas d’éclairage public, pas de trottoirs… Nous sommes contents d’arriver. Il nous aura fallu une journée complète finalement pour traverser le département en suivant, plutôt que la diagonale urbaine (Reims-Charleville), la diagonale rurale (nord-ouest – sud-est) plus pauvre économiquement, et plus pauvre en services.

Terres blanches

Entre Rethel et Vouziers, le bus traverse des “terres blanches”. Autant à Auvillers le paysage était de forêt et de pâtures, autant ici nous entrons dans le domaine de la Champagne crayeuse. Les agriculteurs que nous rencontrons nous disent qu’il y a 50 ans, les terres ici ne “valaient pas un clou” tellement elles étaient pauvres. Tellement qu’on appelait ce territoire la Champagne pouilleuse. D’ailleurs, au sortir de la guerre, on donnait ces terres à cultiver aux “étrangers” qui cherchaient du travail et des terres à cultiver. Ce sont les progrès de l’agriculture, des pratiques mais surtout de la chimie qui ont transformé ces terres en terres riches, enviées par les agriculteurs que nous rencontrerons le lendemain, en Argonne. Ils nous parleront ici d’une terre, contrairement à la leur, facile à travailler, homogène et pas rancunière : “on peut la matraquer [c’est à dire mal la travailler] et l’année d’après elle ne le fait pas payer. Cette terre n’est qu’un substrat, c’est la chimie qui lui donne sa valeur”.

La terre se résume-t-elle à un substrat ? Qu’est ce qu’un sol ? Qu’est ce qu’un terroir ?…

Gastronomie

Note de gastronome : impossible de clore cette page sans rappeler que Rethel est la capitale du boudin blanc ! On dit que la recette fut concoctée par un cuisinier du cardinal de Mazarin, et qu’elle est toujours gardée secrète par les membres de la confrérie…

Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt