Institut des Territoires Coopératifs

2ème Journal d’Itinérance : Drôme-Ardèche

Ce journal rassemble des images, réflexions et vidéos glanées durant notre itinérance de l’Observatoire de l’Implicite en Drôme et en Ardèche. Pour chaque rencontre, nous revenons sur les points clés et les questions que nos échanges ont soulevées. Le travail de découverte et de mise à jour des rouages profonds de la coopération est indépendant de ce journal et fera l’objet de publications dans les mois à venir.

La pagination ci-dessous permet de naviguer au cœur des 13 étapes de notre itinérance de 5 semaines, et de quelques réflexions complémentaires au gré d’autres rencontres. A vous tous que nous avons rencontrés, avec qui nous avons eu des échanges riches, profonds, et le plus souvent émouvants, 3 mots : Merci – A bientôt !

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Pour commencer, voici la carte de notre itinérance :

Voir en plein écran

Les rencontres et réflexions :

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[nextpage title=”Groupe Archer” desc=”4/7 Romans sur Isère” img=”1218″]

4/7 Pôle Sud – Groupe Archer (Romans sur Isère)

Le parcours initial de notre itinérance comprenait 12 rencontres et devait se terminer avec Graine de Savoir, à Die. Durant la phase de préparation, d’autres collectifs avaient été sollicités avec lesquels nous n’avions pas pu organiser la rencontre suivant notre protocole, qui est effectivement exigeant : une soirée et une journée de travail, avec les principaux acteurs du collectif qui porte le projet.

L’un de ces collectifs contactés était “Pôle Sud”, le Pôle Territorial de Coopération Economique organisé autour du Groupe Archer à Romans sur Isère. Mais si nous n’avons pas pu “dérouler” notre protocole, nous avons passé quelques heures avec son PDG, Christophe Chevallier, devant la gare de Valence, avant de clore notre itinérance. Après avoir présenté Pôle Sud, Christophe a répondu aux questions qui constituent la première des 4 étapes de notre protocole, pour accéder à la part implicite des projets de coopération. De ce premier échange, nous tirons déjà des enseignements qui viendront compléter les principes d’action en cours d’élaboration, et principalement dans 3 directions :

  • Pour Christophe, la force du système n’est pas dans le système créé, mais dans la vie informelle qui s’y déroule. Ceci renforce notre conviction que les conditions de réussite des projets coopératifs sont d’abord à rechercher (et à construire) chez les femmes et les hommes qui portent ces projets, leurs motivations, leurs valeurs, leurs raisons d’être. L’expérience du Groupe Archer vient conforter le positionnement de l’InsTerCoop : c’est en travaillant au niveau de la relation inter-personnelle et de la relation intra-personnelle que nous pourrons avoir l’impact le plus significatif sur la propagation de l’esprit coopératif. Cette expérience enrichit également le principe de construction organique plutôt que stratégie, que nous voyons clairement sur les expériences qui durent dans le temps (voir Ardelaine, Viel Audon, ainsi que les expériences d’habitat partagé).
  • L’un des changements de posture qui a permis au Groupe Archer de se développer et surtout de multiplier l’impact qu’il pouvait avoir sur le territoire, en termes de création d’activité ou de réduction du chômage, a été de passer d’une posture humanitaire à une posture humaniste. Pour faire court, passer d’une culture où l’on cherche à “sauver” l’autre, à une posture où chacun participe à un système dans lequel il contribue et permet à l’autre de se développer. Nous retrouvons ici l’un des points importants soulevé lors de notre rencontre chez Ardelaine : Faire avec, plutôt que faire pour. Les implications de ce constat sont importantes : combien de nos dispositifs d’accompagnement – économiques, sociaux, culturels, éducatifs… – reposent sur l’idée de “faire pour” ? Sans doute avons-nous sur ce point un travail important à fournir pour élaborer des principes d’actions plus féconds.
  • Notre échange avec Christophe a également mis l’accent sur la question de la place, question récurrente dans les projets collectifs et souvent approchée, par une porte ou une autre, dans ce journal. Accepter de se faire dépasser par le projet (même s’il s’agit de “son projet”), est une question centrale pour faciliter le changement d’échelle. Comme le souligne avec justesse Christophe :”Mon intuition est que, à un moment j’ai tiré, mais que je pourrais finir par devenir le frein”. Et de répondre avec une certaine malice : “Je sais que je suis au bon endroit… lorsque je sais que je pourrais ne pas y être”.

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[nextpage title=”Graine de Savoir ” desc=”29/6-2/7 De Saillans à Die” img=”1181″]

2 juillet, Graine de Savoir (Die, Drôme)

12ème rencontre de cette itinérance, avec Claire, Hélène, Sylvie et Marianne de l’association Graine de Savoir, qui accompagne des enfants et des jeunes en difficultés scolaires, en s’appuyant sur la pédagogie Montessori. Claire nous fait visiter les lieux :

L’Observatoire de l’Implicite arrive à un moment particulièrement difficile pour l’association et l’équipe : Après 17 années, elle cesse son activité n’ayant plus les soutiens financiers qui lui sont nécessaires pour garder un lieu ouvert à tous, quelque soient les situations sociales des bénéficiaires. Marianne et Claire dressent le bilan d’une journée d’échanges, dans un contexte évidemment très particulier.

Pour l’Institut des Territoires Coopératifs, cette rencontre nourrira nos réflexions sur plusieurs domaines. Comme pour chaque rencontre, ci-dessous quelques-unes des questions soulevées que nos principes d’action proposeront de traiter :

  • Selon la pédagogie Montessori, la construction du collectif commence toujours par la construction de l’individuel. En conséquence, avant 6 ans, le pédagogue travaille avec l’enfant à la construction de son être propre, et après 6 ans, à son rapport avec ses pairs. Nous voyons là un parallèle intéressant avec la coopération : comment peut-il y avoir de coopération réelle avec les autres tant qu’il n’y a pas de coopération réelle avec soi-même ? Et comment développe-t-on la coopération avec soi-même ? Les principes d’action sur lesquels nous travaillons devront répondre à ces questions essentielles.
  • L’importance de la distinction entre l’identité d’un individu et son rôle, ses capacités, ses actions. On parle alors d’identité de rôle (ce que je fais) ou d’identité intégrée (ce que je suis). Lorsque la confusion entre les deux s’installe, l’individu n’est plus reconnu pour ce qu’il est mais pour ce qu’il fait. Les conséquences sont multiples. Elles nuisent à la coopération, elles peuvent entraîner l’épuisement des personnes. Comment amener un collectif à garder la distinction entre identité de rôle et identité intégré ? Comment amener des individus à ne pas eux-mêmes réduire leur identité aux rôles qu’ils tiennent ?
  • Alternatif n’est pas toujours coopératif ! Depuis que nous sommes à Die, nous sommes marqués par la multitude des initiatives qui se déploient, sur des sujets similaires : cafés citoyens, tiers-lieux, espaces bien-être, initiatives culturelles… Cette effervescence saute aux yeux, aussi clairement que l’effervescence de la Clairette de Die ;-). Certains s’interrogent : ce nombre important peut-il être également le signe d’une sorte de compétition, de concurrence entre initiatives ? L’expression d’un individualisme qui amène chacun à jouer en solo ?

30 Juin, de Pontaix à Die (16km)

Dernier jour de marche de cette 2ème itinérance de l’Observatoire de l’Implicite. L’approche qui consiste à traverser ces territoires à pied est très bénéfique. Patrick en livre quelques clés:

Nous quittons Pontaix et son château du XIIIème et retrouvons les vignes, signes de notre approche de Die. Les nourritures terrestres semblent l’emporter sur les nourritures plus spirituelles… Peu de photos aujourd’hui : la fatigue commence à se faire ressentir. La vue sur Die, terme de notre itinérance, fait surgir des émotions intenses : bonheur d’arriver, gratitude envers tous ce que le chemin nous a apporter, certitude que cette itinérance sera suivie d’autres… Après la longue descente, la Drôme, rafraichissante, est la bienvenue.

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29 Juin, de Saillans à Pontaix (16km)

A Saillans, nous partons de la “Place de l’Agora – Pero” ! Longtemps, les Trois-Becs restent bien visibles derrière nous. Puis, au Col de Véronne, changement de décors: c’est vers le Vercors que nous nous dirigeons maintenant, jusqu’à Pontaix, et ses ruelles anciennes.

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[/nextpage][nextpage title=”Démocratie collégiale” desc=”L’Observatoire passe par Saillans” img=”1212″]

L'Observatoire passe par Saillans
Au départ de notre 32ème journée de cette itinérance sur les chemins de la coopération, nous passons par Saillans pour faire nos courses. Lors de la préparation de l’itinérance, nous avions contacté le conseil municipal du village, ainsi que le conseil des sages. Malheureusement, ils n’avaient pas la disponibilité pour accueillir notre Observatoire de l’Implicite, compte-tenu du temps dont nous souhaitons disposer pour « gratter » les couches successives qui nous séparent du cœur même des projets coopératifs : les rouages profonds de la coopération. Dommage, car cette expérience inédite de démocratie collégiale, que Rue89 relatait en 2014 sous le titre « A Saillans, les 1 199 habitants ont tous été élus au premier tour » nous intéressait.

Les gens que nous croisons nous demandent souvent ce que l’on fait. Cela se passe comme cela à la superette du village. En quelques mots, nous présentons notre travail et notre démarche, et le commerçant nous dit « Ici, nous sommes tous maires ! » et ajoute « Vous devriez discuter avec eux » en désignant un groupe de personnes en train de prendre leur café du matin en terrasse. Puis il appelle Jean-Christophe, l’un des artisans de l’épopée de Saillans avec qui nous entamons le dialogue.

Il nous expose la genèse du projet, 4 ans avant les élections municipales. Comment un petit groupe de personnes ont monté une stratégie qui débouche aujourd’hui sur cette expérience de gestion collégiale d’une collectivité : la phase de cristallisation autour de la lutte contre un projet municipal, le choix du rejet du supermarché comme support de cette opposition, la phase d’élargissement, pour construire un collectif rassemblant des personnes diverses, opposées ou même en faveur du projet initial, et peu à peu la phase d’élaboration d’une alternative politique qui débouche sur l’élection municipale. L’histoire que Jean-Christophe nous raconte met en avant une construction stratégique, à l’inverse de beaucoup de collectifs que nous avons rencontrés et qui se sont construits de manière organique, et souvent dans la durée. Dans son propos, Jean-Christophe souligne également les travers et les écueils qu’il observe et qui pourraient devenir des limites de l’expérience : la désillusion des uns, le rapport au pouvoir inchangé d’autres, la compétence construite qui légitime pour certains de garder leur place… et tant d’autres réactions bien humaines. C’est échange, somme toute assez rapide, nous interpelle, tant nous entendons des échos et des résonances avec nos collectes d’itinérances.

Sur la part visible et la part invisible d’abord : Lorsque l’expérience de Saillans est relatée, c’est souvent dans les fonctionnements, les manières de faire, l’expression visible d’une transformation profonde. Là autant qu’ailleurs, ce qui nous intéresse serait d’observer les parts cachées, les motivations profondes qui sont à la source de ces engagements.

Sur l’histoire que l’on raconte ensuite : On observe fréquemment, particulièrement dans le cas d’expériences positives devenues exemplaires, un écart entre l’histoire que l’on raconte et l’histoire vécue par les acteurs. Or, ce décalage n’empêche-t-il pas de comprendre vraiment ? Tirer enseignement des expériences requiert de distinguer les deux.

Sur le lien entre transformation personnelle et transformation sociale enfin : Jean-Christophe le confirme, le fait de vivre collectivement cette aventure de collégialité a une influence sur la transformation personnelle des acteurs. Ou plutôt, de certains acteurs. Or, le succès durable du collectif est totalement dépendant de ces évolutions individuelles. Comment le collectif se saisit-il de cette question ? Comment organise-t-il l’échange qui permet la nécessaire conscientisation du besoin d’évolution de chacun ? Comment les acteurs eux-mêmes s’emparent-ils de ces réflexions. Sans doute, les expériences d’habitat groupé serait-elles des sources d’enseignement très riche pour Saillans et ce type d’expérience.

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[nextpage title=”Solstice” desc=”25-27 juin, De Dieulefit à Crest” img=”1191″]

28 Juin, Solstice (Crest, Drôme)

11ème rencontre de notre itinérance : Solstice, une coopérative d’entrepreneurs. Petite présentation :

Après notre journée d’échanges, Jean-Jacques et Sarah reviennent sur ce qu’ils en retirent, ainsi que Christine qui accompagnait l’observatoire dans cette étape :

En ce qui nous concerne (et au-delà de ce que Patrick souligne dans la vidéo sur le maillage d’initiatives entre elles), nous avons trouvé notre rencontre particulièrement inspirante sur plusieurs aspects :

  • Sur la puissance des positions de perception. Trop souvent, on pense à la place de l’autre pour tenter de connaître ses attentes afin d’essayer d’y répondre. Trop rarement, on se met à la place de l’autre pour ressentir ses attentes. Lorsque c’est l’empathie qui parle, et non l’intellect, c’est un monde nouveau qui s’ouvre. Comment développer des principes d’action qui dépassent la compréhension intellectuelle, et intègre la compréhension humaine dans toutes ses dimensions ?
  • Sur les jeux d’équilibre que nous jouons parfois dans les projets coopératifs. Exemple: Parce que tu mets l’accent sur la viabilité économique, je vais mettre l’accent sur notre rôle social. Au risque de “camper” sur nos positions. Comment trouver l’équilibre entre des objectifs multiples et parfois contradictoires ? Comment trouver un équilibre collectif et non un équilibre instable formé des positions individuelles ?
  • Sur la sécurité : A quel moment les actions d’accompagnement ou de tutorat permettent-elles de mettre l’autre en sécurité, et ainsi lui permettre de se hisser “une tête au-dessus de lui-même” pour reprendre la formule de Vygotsky ? A quel moment ces mêmes actions vont créer un niveau de sécurité tel que l’autre restera dans sa zone de confort et l’empêchera ainsi de se dépasser ? A quel moment le souci de sécuriser l’autre alimentera ses peurs, et notamment celle de ne pas être à la hauteur ?

26 et 27 Juin, Repos à Crest (Drôme)

Trop fatigués pour faire la route de Francillon-sur-Roubion, c’est avec la complicité de Anne, notre hôte, que nous rejoignons Crest. Les 2 jours de repos vous nous permettre de refaire quelques forces pour la dernière semaine. Mais pour l’heure, c’est “PAUSE”, occasion de baguenauder dans Crest et se voir, de l’Usine Vivante, au FabLab en passant par le Café Citoyen, l’explosion des initiatives alternatives, citoyennes, bienveillantes, et bienfaisantes !

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25 Juin, de Dieulefit à Francillon-sur-Roubion (18 km)

Nous quittons Dieulefit et montons vers le col du Pertuis. La montée est abrupte, mais très agréable, à travers les chênes et les sapins. Le col est à 890m et offre un passage entre le Serre Gros et la crête des Rochers de Saint Maurice.

Cela procure toujours un sentiment de satisfaction de voir d’où nous sommes partis, et d’être obligés de zoomer au téléobjectif pour voir suffisamment clairement. Passés le col, tout change. Nous redescendons au cœur d’une forêt de hêtres majestueux. En bas, nous découvrons le très joli village de Rochebaudin, délaissé des guides touristiques car à l’écart des axes majeurs. Là, le restaurant est fermé, mais le restaurateur nous propose malgré tout de nous servir à boire. C’est étonnant : c’est déjà la 2ème fois dans cette itinérance qu’un établissement ouvre exclusivement pour nous (la première fois était lors de notre diner à Chalencon). Encore un signe de cette culture d’accueil que nous ressentons ici, et sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

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Du côté du Serre La Pigne, le petit chemin en pointillé de notre carte IGN commence par disparaître sous les herbes. Puis, il est carrément englouti par la végétation: épineux, aubépines, ronces, et autres arbustes aux pointes acérées. Il nous faut bien 1 heure, en pilotant au GPS et alors que la chaleur devient étouffante, pour parcourir le petit kilomètre avant de rejoindre la route vers Francillon. A l’entrée du village, Patrick tente d’appeler la personne qui, sans pourtant nous connaître, nous a proposé de nous héberger pour cette nuit. Malheureusement nous sommes en zone blanche et il n’y a pas de réseau. Bon… d’un autre côté, il suffit de porter son regard devant une boîte aux lettres, au hasard, parmi les toutes premières, pour trouver son nom : nous sommes devant sa porte. Hasard ?

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[nextpage title=”Ecoravie” desc=”23 au 24 juin, Valaurie à Dieulefit” img=”1183″]

24 Juin, Ecoravie (Dieulefit, Drôme)

10ème étape de notre itinérance, Ecoravie, un projet porté par des coopérateurs écologiques, réunis pour un habitat vivant et solidaire. Il s’agit d’un projet d’habitat groupé, participatif, écologique (bâtiments à énergie positive). Il s’agit également d’un projet généreux, puisque chacun y “contribue en fonction de ses possibilités et en bénéficie en fonction de ses besoins”.

Le plus simple pour découvrir le projet est sans doute d’aller fureter sur leur site internet : http://www.ecoravie.org/. Et comme le chantier est en cours, et que le compteur pour la date de l’inauguration tourne… nous rencontrons 4 “écoravissants” qui sont “autorisés” à quitter le chantier 😉

Françoise, Aleth, Sébastien et Claire témoignent de l’utilité de leur rencontre avec l’Observatoire de l’Implicite, pour la poursuite de leur projet.

23 Juin, De Salles-sous-Bois à Dieulefit (18 km)

Sous la surveillance du Mont Ventoux, nous partons tôt dans l’optique d’arriver à Dieulefit assez tôt, avant que la chaleur ne devienne étouffante. Au détour d’un chemin, nous ressentons à la fois sérénité et émotion en découvrant l’ancien prieuré d’Aleyrac et son église, Notre Dame la Brune, qui date du XIIème siècle. Le sol calcaire et sec est propice aux chênes verts truffiers. Comme depuis que nous sommes en Drôme provençale, de nombreuses truffières sont plantées çà et là. En montant le Mont Rachas (900m), on aperçoit au loin le champ d’éoliennes que nous avions traversé il y a quelques jours. Puis nous suivons longuement la crête jusqu’au col de Gorge d’Ane où nous entamons la longue descente vers Dieulefit. Là, une grande première nous attend : notre première expérience de séjour en roulotte. L’aspect extérieur évoque “La roulotte du bonheur”, le livre d’apprentissage de la lecture de Patrick… A l’intérieur: tout y est pour vivre et travailler à rattraper le retard du Journal d’Itinérance, retard du au fil d’alimentation de l’un de nos ordinateurs qui a méchamment court-circuité ! Heureusement, avec un bon couteau-suisse, la réparation est assurée. Sauf que maintenant, nous n’avons plus de sparadraps : blessures interdites !

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Une fois arrivés là, pour aller plus haut, il faut commencer par redescendre… Métaphore, tirée des oeuvres de LaoTs’Anne, arrivée au sommet du Mont Rachas.

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[/nextpage][nextpage title=”Héritage protestant” desc=”Accueil, tolérance, résistance” img=”1062″]

Tradition d’accueil et de tolérance
Depuis le début de notre itinérance, nous sommes marqués par le nombre de personnes que nous rencontrons qui ne sont pas originaires du territoire. Nous sommes également marqués par le fait que beaucoup de personnes des collectifs que nous rencontrons ont engagé une transition personnelle qui les a amenées sur ce territoire d’Ardèche ou du Diois. Pour qu’un tel phénomène existe, il a d’abord fallu que le territoire soit attractif bien sûr. Nul doute que le caractère retiré de l’Ardèche et sa faible densité de population sont des avantages évidents pour tous ceux qui souhaitent développer un mode de vie plus simple que celui que le modèle dominant de la société actuelle nous propose. Il a également fallu que les femmes et les hommes soient eux-mêmes accueillants, de manière à faire une place aux « néo », de leur permettre de s’engager et de s’épanouir sur le territoire. Il a aussi fallu qu’ils soient ouverts à la différence, qu’ils acceptent que ces « néo » aient des visions différentes des leurs, des intentions différentes, des modes de vie différents. Cela n’implique pas nécessairement de les partager et de faire ensemble, mais cela implique une acceptation de ce que l’autre représente. Tout au long du XXème siècle, ces terres ont été des terres d’hospitalité, particulièrement attentives à l’accueil des déshérités (des enfants notamment), mais aussi des persécutés. Cette tradition d’accueil trouve ses origines dans la forte culture protestante de ces territoires. La tolérance est également une valeur fondamentale du protestantisme, qui incite chacun à la quête personnelle de sens, à la responsabilité individuelle, à la liberté de conscience et au partage de la connaissance. En 1939, Dieulefit compte 2500 habitants. A la Libération, le nombre d’habitants est double, tant Dieulefit a accueilli de réfugiés, de juifs, d’intellectuels ou d’artistes. Il n’y eut aucune dénonciation. Cet espace d’accueil et de tolérance est propice au développement d’initiatives et d’expérimentations qui font la richesse que nous découvrons dans cette itinérance.

[/nextpage][nextpage title=”Maison de la Tour” desc=”19 au 22 juin, Du Teil à Valaurie” img=”1187″]

22 Juin, La Maison de la Tour (Valaurie, Drôme)

La Maison de la Tour est un superbe lieu, dans le beau village de Valaurie, géré par une association culturelle qui y organise des expositions, accueille des artistes en résidence, et à partir de l’art et de la culture, développe des projets de développement territorial. Au lendemain de notre rencontre avec l’équipe qui porte le projet, Patrick répond à la question “La Maison de la Tour, qu’es-aco ?”. Et pour plus d’informations, rendez-vous sur le site http://maison-de-la-tour.fr/.

Comme à chaque rencontre, nous repartons pleins de gratitude pour la qualité des échanges que nous avons eus. Nos échanges viendront nourrir nos réflexions, et l’élaboration des principes d’action de la coopération. A la Maison de la Tour, nous avons particulièrement évoqué les thèmes suivants :

  • La transversalité dans la coopération. Il était fort intéressant d’entendre Dominique et Jacques parler de leur recherche de coopération transverse avec les autres lieux culturels du territoire, à la fois dans une recherche de mutualisation, et de mise en valeur de la singularité de chaque lieu ou structure. Pour autant, chaque lieu est différent, dans son fonctionnement, son statut, son organisation. Comment coopérer sans institutionnaliser et figer la coopération entre structures ? Comment coopérer avec des modèles de subsistance ou d’organisation parfois très différents ?…
  • L’importance de l’environnement autour du projet. Un projet culturel de territoire, soutenu par les acteurs institutionnels du territoire fini souvent par “hériter” des enjeux de ces acteurs-là. Cet héritage pose une responsabilité sur les épaules des porteurs du projet. Comment tenir compte de l’écologie de ce système ? Comment faire pour ne pas prendre sur ses épaules la responsabilité de l’autre ? Comme faire pour garder la finalité du projet et gérer les écarts éventuels avec les objectifs des partenaires ? Comment gérer le décalage éventuel entre l’histoire vécue par les acteurs du projet, et celle présentée par ses soutiens…
  • La question de la place des contributeurs. C’est un thème majeur de toutes nos rencontres. Plus nous multiplions les échanges, plus nous alimentons nos réflexions sur ce thème. Souvent nos interlocuteurs évoquent le bien-être qui résulte lorsque “chacun a sa place” dans le projet. Quelques questions nouvelles surgissent. Nous croyons essentiel de questionner le processus pour parvenir à ce résultat. Est-ce que “chacun a trouvé sa place” ? Est-ce que “chacun a pris sa place” ? Est-ce que la place de chacun est recherchée collectivement ? Quelle place un nouvel arrivant peut-il prendre dans un système où chacun a pris sa place… et où il n’y a plus de place ? Comment garder une fluidité qui permette un renouvellement des rôles, des fonctions et des personnes ?

L’artiste en résidence à La Maison de la Tour lors de notre passage, Emilie Losch, a participé à notre rencontre de travail. Que retient-elle de sa rencontre avec l’Observatoire de l’Implicite ?

Echanges avec Emilie Losch

Après notre rencontre avec l’équipe de la Maison de la Tour, nous visitons l’exposition qui lui est consacrée, à l’occasion de sa résidence : “Systèmes modulaires, de l’Objet fractal à la Structure fractale” (http://maison-de-la-tour.fr/index.php/maison-de-la-tour-decouverte/expositions/311-emilie-losch-du-10-juin-au-10-juillet).

L’occasion d’échanges sur son travail, et de parallèles avec le nôtre. Pour commencer, et si la coopération avait également sa structure fractale ?… Autour de son projet “Courbes”, nous échangeons sur l’invariance des formes, dans son art, mais aussi dans la coopération…

Autour de son projet “Expansion”, nous poursuivons la visite et la discussion sur la nécessaire déconstruction pour mettre en mouvement. Là encore, l’échange résonne bien avec notre travail sur la coopération et la nécessité de cycles d’expansion et de rétractation pour faire vivre les projets dans la durée.

En pour finir, Emilie tenait à nous présenter son “Observatoire” à elle, sous forme d’un clin d’oeil. Avec un étonnant parallèle : comme dans la démarche de l’Observatoire de l’Implicite, le visiteur observe l’affut, d’où l’on regarde ce qu’il y a dessous, que nous appelons l’implicite.

Pour découvrir le travail d’Emilie, rendez-vous sur son site : http://www.emilielosch.com/

21 Juin, De Viviers à Valaurie (19 km)

DSC02718C’est l’été ! Et il commence à faire vraiment chaud sur les chemins et les routes. Nous quittons l’Ardèche pour de bon ce matin. La traversée de la Vallée du Rhône nous rappelle qu’il n’y a pas que des petites routes, des près, des champs et des forêts… mais qu’accessoirement, il y a aussi des routes, des usines, des centrales nucléaires. Après maintenant plus de 3 semaines en Ardèche, nous avions commencé à oublier…

Au sud-est de Chateauneuf du Rhône, nous traversons un champ d’éoliennes. En passant à moins de 40m, en entend le souffle de pales. Pour autant, et bien que ces éoliennes ne soient pas équipées des dispositifs de réduction des nuisances sonores, le bruit sous le vent est largement moins fort que celui du climatiseur de la maison d’en face, la nuit dernière à Viviers. Et déjà ce bruit-là, nous l’avions oublié après quelques minutes. D’un point de vue de la nuisance paysagère, nous trouvons finalement ces moulins de temps modernes assez esthétiques, et leur mouvement incitant à une certaine poésie. Et maintenant, les lignes sont enterrées. En termes de nuisances visuelles et en comparaison avec nos vieux pylônes et lignes à haute-tension, il n’y a pas photo ! Tiens, finalement, si !

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En redescendant sur Roussas, les amandiers remplacent les cerisiers et les châtaigniers des semaines précédentes, et nous arrivons au pays des couleurs : lavandes, constellées de papillons blancs, lauriers roses et rouges…

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Et de Roussas, superbe village, nous pouvons (enfin) voir notre destination du jour: Valaurie, avec derrière le village, le Mont Ventoux qui veille !

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20 Juin, Du Teil à Viviers, par Saint Thomé (18km)

Nous quittons Le Teil après une première journée de repos – nécessaire – dans notre périple, en direction de Viviers. A vol d’oiseau, 7km à peine séparent les deux cités, installées entre le Rhône et le talus vivarois et ses falaises de calcaire. C’est là que depuis le début du 19ème siècle, des entreprises locales exploitent les carrières à ciel ouvert pour la fabrication de chaux. En 1749, un certain Claude Pavin, Conseiller au Parlement de Grenoble, achète le fief de Lafarge, qui se trouve au nord de Viviers. En 1793, un four à chaux et la montagne en dépendant sont achetés par la famille… C’est le début de l’aventure Lafarge, officiellement créée un peu plus tard en 1833 (voir le site pour cette histoire).

Pour relier Viviers, nous préférons prendre le GR42 et faire le crochet par le très beau village de Saint Thomé. Nous traversons Le Teil et passons devant l’église de Mélas, construite au 10° siècle sur une nécropole primitive. Cet édifice nous rappelle que nous sommes au coeur d’un territoire où, dès le IIème siècle avant Jésus-Christ, l’empire romain s’étendait déjà dans le sud de la France.

Nous grimpons dans la montagne. La végétation, entre le sol calcaire des collines et le climat méridional, devient méditerranéenne : chênes verts et blancs, frênes à fleur, genévriers, sumacs, térébinthes (pistachier), amélanchiers (l’arbre à oiseaux), arbres de Judée, micocouliers… Nous arrivons à Saint Thomé, perché sur un piton rocheux, probablement depuis le IVème ou Vème siècle, dont les très belles habitations sont regroupées autour de l’église Saint-Thomas et de la chapelle Saint-Sébastien. Dans les années 60, des artistes parisiens s’y installent et contribuent à raviver le village. Aujourd’hui, Saint-Thomé est en lutte contre le “permis de Montélimar” qui accorde à Total le droit d’explorer le sous-sol afin de savoir s’il y a du gaz de schiste, sur un vaste périmètre de 4 327 km2, de la Drôme à l’Hérault, en passant par l’Ardèche, le Gard et le Vaucluse.

Nous redescendons et longeons l’Escoutay, en traversant les vignes et les vergers de cerisiers. Puis arrivons à Viviers, terme de notre journée. Les photos manquent. Dommage, car cette cité qui pris le relais d’Alba et devint évêché au Vème siècle dispose d’un patrimoine médiéval superbe. Et en plus, il est partisan du dialogue citoyen 🙂

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Invention, Industrie et Commun
L’Ardèche fut ainsi le berceau de belles réussites industrielles. Les frères Montgolfier, d’Annonay, lancent le premier aérostat place des Cordeliers le 4 juin 1783. En 1969, au moment où Armstrong pose ses pieds sur la lune, la NASA envoie un télex de remerciement aux descendants des papetiers Canson et Montgolfier, pour leur contribution à l’histoire de l’humanité. Olivier de Serres, père de l’agriculture française, trouve au XVIème siècle comment fabriquer du fil de soie : c’est le début de la sériciculture en Ardèche, et des filatures lyonnaises. Gérard Barras d’Ardelaine, explique en nous faisant découvrir le musée d’Ardelaine, combien l’ingéniosité des machines mises au point sur le territoire n’avait rien à envier aux célèbres métiers à tisser hollandais par exemple, avec de nombreux dispositifs innovants. Marc et Camille Seguin, de Annonay également, développent au tout début du XIXème la technique du “câble de fer” qui permettra d’améliorer les ponts suspendus. Ils inventent également la chaudière tubulaire qui permet aux locomotives de passer de 9km/h à 60km/h, et même 100km/h, avec l’influence considérable que l’on imagine sur le développement des chemins de fer. Conscient de l’importance de son invention, Marc Seguin laisse le brevet tomber dans le domaine public, refusant de tirer un profit personnel de l’intelligence dont disait-il, le ciel l’avait favorisé.

[/nextpage][nextpage title=”Le Sauze” desc=”17 au 18 juin, Uzer à Labatie d’Andaure” img=”1017″]

18 Juin, Le Sauze (Labatie d’Andaure, Ardèche)

DSC02675Le 17 juin au soir, nous posons nos sacs à dos au Sauze, un lieu-dit proche de Labatie d’Andaure. Là, nous dinons avec Mika, Mathias, Julie, Gilles, Noémie, Arthur, Sacha et Julien. Une table riche des productions du jardin, cultivé en terrasse, sur les pentes abruptes du terrain: salades et fleurs de capucines, fraises à profusion…

Le Sauze a commencé comme une “collocation à la campagne”, histoire de poursuivre la “belle vie” expérimentée dans les années étudiantes par un groupe d’amis. L’aventure se prolonge par l’acquisition du lieu par certains, les chantiers participatifs de rénovation et de mise en place des jardins, l’accueil de “woofers” et le passage de voyageurs… DSC02676DSC02677Aujourd’hui, le Sauze est un habitat collectif qui évolue au gré de la vie, des familles qui se construisent, et des besoins de chacun qui évoluent au fil des années.

A la fin de notre journée d’échange, nous revenons dans la vidéo ci-dessous, avec Noémie, Mathias et Mika sur la journée, le protocole de l’Observatoire de l’Implicite, et ce qu’il apporte à ceux que nous rencontrons.

Pour notre part, la rencontre nous permet de saisir des réflexions et des expériences qui nous permettront d’approfondir plusieurs thèmes, et notamment :

  • Le caractère organique des projets qui vivent et durent. Depuis le départ de notre itinérance, nous sommes frappés par le lien qui existe entre la longévité d’une initiative, et la capacité de ses acteurs à en redessiner les contours de façon permanente. Quelles sont les conditions sous-jacentes qui permettent cela ? Comment cultiver la capacité à voir les évolutions nécessaires et à les prendre en compte ?
  • L’équilibre entre le “je” et le “nous”, que nous trouvons systématiquement dans les projets fondés autour de l’habitat. La sérénité avec lequel le groupe accueille et accepte “l’égoïsme de chacun”, et qui renforce, comme paradoxalement, le collectif. Là encore, quel chemin personnel faut-il parcourir pour développer cette capacité essentielle ?

17 juin

C’est avec Sylvie que nous repartons vers le nord. Elle fait partie des personnes, intéressées par le processus que nous développons, et qui ont souhaité partager une étape (une rencontre, une journée de marche). Ensemble nous remontons vers Aubenas dans les lavandes et les oliviers. Puis, nous prenons le bus vers Montélimar, d’où elle repartira rejoindre Strasbourg. De notre côté, c’est en voiture (l’exception qui confirme la règle) que nous remontons vers le nord-Ardèche pour notre prochaine rencontre, en prenant le temps cette fois-ci de visiter Desaignes.

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[nextpage title=”Les Recycl’Arts” desc=”16 juin, Uzer” img=”1190″]

16 Juin, Les Recyclarts (Uzer, Ardèche)

Toutes nos rencontres sont riches, éclairantes, et nourriront l’élaboration des “principes d’action” pour favoriser l’émergence d’un plus grand nombre de coopérations. Avec les Recyclarts, nous avons notamment abordé 3 sujets clés :

  • Les motivations des Recyclarts pour créer cette ressourcerie culturelle sont bien sûr fondées sur un rejet de la société d’extrême consommation et du gaspillage qui en découle. Nous sommes pourtant frappés par le contraste entre la radicalité de ce rejet, et la sérénité et la tranquillité qui les habitent dans leur action. Nous avons souvent noté la force des collectifs qui sont totalement tournés vers la mise en oeuvre de leur vision, plutôt que celle de ceux qui restent centrés sur le système contre lequel ils luttent. Cette capacité à transcender la lutte en une construction alternative est clé. Elle est assez rare et des principes d’action sont à développer dans cette direction.
  • Au fur à et mesure des échanges, nous découvrons que les Recyclarts fonctionnent en collégiale, qu’ils prennent leurs décisions au consensus, qu’ils travaillent à ce que chacune des individualités trouve sa place dans le collectif, qu’ils pratiquent la communication non violente, que… Pourtant, a aucun moment, les Recyclarts ne “revendiquent” ni la collégialité, ni la non-violence, ni l’exemplarité de leur gouvernance. Lorsqu’une question importante a trouvé sa réponse, on n’en parle plus.
  • Après 6 ans, les Recyclarts sont au moment où le collectif fondateur évolue, avec des départs, et de nouveaux arrivants. Cette période charnière est délicate pour tout collectif : doit-on garantir la fidélité absolue aux objectifs initiaux ? doit-on laisser à chacun la possibilité d’imprimer sa propre emprunte sur le projet ? Plusieurs situations similaires nous amènent à travailler à un principe d’action sur ce thème : Faut-il apporter aux “nouveaux” la réponse des “historiques” ? Faut-il plutôt partager les questions auxquelles ils ont eu à répondre ?

[/nextpage][nextpage title=”Accompagnateurs d’Oasis” desc=”Surtout n’apportez pas de réponses” img=”1214″]

Surtout n’apportez pas de réponses !

Lors de notre passage au Viel Audon, une équipe de compagnons du mouvement Colibris y était également présente. Leur visite s’inscrivait dans un parcours de formation afin d’être en capacité d’accompagner les projets de création d’Oasis, ces nouveaux espaces de vie capables de répondre aux besoins humains de nos sociétés contemporaines. A la fin de la présentation du Viel Audon, un participant a posé une question à Yann Sourbier, l’un des piliers du lieu : « Quel conseil nous donnerais-tu ? ».

La réponse de Yann a fusé et laissé perplexe bon nombre d’auditeurs : « Surtout, n’apportez pas de réponses ». Mais à quoi peut servir un accompagnement s’il n’apporte pas de réponses ?

Lors de nos itinérances, nous avons beaucoup écouté de participants à des habitats groupés. Beaucoup ont été très critiques des accompagnements extérieurs dont ils ont pu bénéficier. Certains ont même été jusqu’à nous dire que parmi les projets qu’ils connaissaient, y compris les leurs, ceux qui n’avaient pas été portés à leur terme étaient ceux qui avaient bénéficié d’un accompagnement. Sans être bien sûr la seule raison de l’abandon, le constat est sévère.

Nous avons longuement croisé nos expériences de compagnonnage avec Yann et portons le même diagnostic sur ce difficile travail d’accompagnement. Parmi les compétences-clés pour réussir la mise en œuvre d’un habitat groupé (ou de tout projet collectif), il y en a deux essentielles : la capacité à s’emparer d’une situation difficile lorsqu’elle se présente, et la capacité à anticiper sans se projeter, en restant ancré dans le présent.

Lorsque l’accompagnement apporte des réponses aux questions que les groupes rencontrent, il les empêche de s’emparer du problème, de chercher eux-mêmes les réponses et de traverser collectivement la période de turbulence. Le groupe ne construit alors pas sa capacité d’apprentissage et de développement de sa propre responsabilité.

Lorsque l’accompagnement préconise d’apporter réponses à des questions que le groupe ne rencontre pas encore, il les détourne du présent. Combien avons-nous vu de collectifs qui travaillaient par exemple sur un règlement intérieur avant même toute action concrète et opérationnelle.

L’accompagnement doit-il apporter un modèle ? Doit-il apporter des réponses ? Ou doit-il amener chacun à s’emparer des questions et à développer ses capacités à construire les réponses ?

[/nextpage][nextpage title=”Le Viel Audon” desc=”11 au 15 juin, De Saint Pierreville à Balazuc” img=”1155″]

15 Juin, Le Viel Audon (Balazuc, Ardèche)

DSC02631Le Viel Audon : Village coopératif ! La brouette est prometteuse ;-). Nous sommes heureux d’y être, nous souvenant des mots de l’écrivain Alain Damasio : “De mon nom, le Viel Audon, vous n’avez retenu que les syllabes : vie, aile (des oiseaux), l’eau et surtout cette note finale, le don, qui résonne, comme un tambour de peau, de chacun des gestes que vous faites ici ensemble.” Une histoire de vie, d’aile, d’eau et de don ne peut qu’être passionnante.

Nous avons marché 3 jours pour relier Saint Pierreville à Balazuc, mais à l’origine du Viel Audon, on retrouve Béatrice et Gérard Barras (et d’autres), qui au début des années 70, découvrent les ruines abandonnées du hameau et décident de lui redonner vie. “C’est le début d’une aventure qui verra passer sur ce « chantier ouvert au public » plus de 10 000 personnes qui apporteront chacune une pierre à l’édifice. Mais le Viel Audon n’est pas seulement un lieu où l’on construit. C’est aussi un lieu où l’on se construit. Le chantier devient école et les jeunes qui passent y expérimentent un « chemin de faire » pour mener leur propre route. Le hameau blotti dans les gorges de l’Ardèche, toujours inaccessible en voiture, bruissant d’une vie riche et innovante, recèle un « trésor » qu’il partage avec tous ses visiteurs.” (extrait de la 4ème de couverture de “Chantier Ouvert au Public”, de Béatrice Barras, publié aux Editions REPAS.)

Aujourd’hui, le Viel Audon est constitué de plusieurs structures : les chantiers, la ferme, le bateleur (association de valorisation des ressources locales, vivrières et culturelles), le MAT (Centre d’éducation à l’environnement, au développement durable et à la coopération), les gîtes…

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Nous passons au Viel Audon un peu plus de temps qu’à nos autres lieux de rencontre, car nous en profitons pour échanger avec Yann qui outre son implication au Viel Audon, anime le compagnonnage alternatif et solidaire au sein du réseau REPAS, un réseau d’entreprises qui se reconnaît dans le champ de l’économie alternative et solidaire et expérimente de nouveaux rapports au travail, des comportements financiers plus éthiques et plus humains et de nouvelles relations producteurs – consommateurs.

De la soirée et de la journée d’échanges avec l’équipe du Viel Audon, nous repartons avec quelques sujets clés. Soulignons que l’histoire du Viel Audon a commencé il y a plus de 40 ans. C’est donc dans cette perspective de durée et de longévité, et de ses corollaires, renouvellement et transmission, que l’enseignement que nous en tirons s’inscrit.

  • Évidemment, lorsque la bande de copains décide en ’70 de redonner vie à ce village d’Ardèche, leur vision n’avait rien à voir avec ce que le projet est aujourd’hui. En fait, il résiste même à cette époque à figer une vision trop précise du projet. Lorsque les chantiers participatifs prennent de l’ampleur et qu’on leur demande d’affiner leur projet, il ne le précise pas plus que “redonner vie au village”. Le Viel Audon, ce n’est pas un projet planifié, avec une stratégie, un objectif à atteindre, et un plan de projet. C’est au contraire un projet qui se construit de façon “organique” : pas de projet à long terme, pas de plan sur la comète, mais une capacité permanente à faire face aux situations rencontrées, à “faire avec ” (cf. rencontre avec Ardelaine), à construire le projet pas-à-pas, à définir les formes et les contours du projet au fur et à mesure du développement de sa vie. L’histoire du Viel Audon (et de tant de projets dits “réussis” que nous avons rencontrés) est en ce sens totalement différente des schémas de créations d’entreprises que l’on incite tout entrepreneur à suivre, en développant à l’avance un positionnement stratégique, des formes prédéfinies, et des réponses théoriques à des questions qui ne se posent pas encore. Cet écart entre les réussites observées et les recommandations pour réussir ne cesse de nous interroger…
  • En prolongement de la remarque ci-dessus, nos échanges nous amènent à distinguer l’anticipation de la projection. Retour à l’étymologie : projeter, c’est “jeter au-devant”. Anticiper, c’est “prendre les devants”. En d’autres termes, la projection amène à forger une image désirée du futur, et à prévoir les étapes pour arriver à construire cette image. Anticiper est en quelque sorte l’action inverse : il s’agit d’amener à soi ce dont on va avoir besoin, de se préparer à faire face aux situations qui se produiront. Au fur et à mesure de nos itinérances, nous collectons des exemples de projections paralysantes, et au contraire, d’anticipations créatrices. Comment faire évoluer les méthodologies de conduire de projet pour intégrer cette distinction ? Éviter les projections qui empêchent de saisir les événements présents ?
  • Enfin, les échanges au Viel Audon nous ont amenés à creuser la question de la transmission. Nous rencontrons souvent des collectifs en mal de renouvellement, avec des mécanismes d’usure voire même d’épuisement. Comment faire pour motiver une nouvelle génération à écrire la suite de l’histoire ? Comment l’amener en responsabilité et en capacité à le faire ? Nous voyons une piste intéressante autour d’une idée simple. Souvent, les “anciens” tentent d’apporter des “réponses” à la nouvelle génération (Nous avons fait ceci, pour telles et telles raisons…). Ne vaudrait-il mieux pas partager les questions ? (Face à telle situation, voici les questions que nous nous sommes posées…) Ne serait-ce plus motivant d’inviter une nouvelle génération à trouver ses propres réponses ? Ne serait-ce pas plus efficace pour l’aider à acquérir les savoir-être et savoir-agir indispensable à cette capacité d’anticipation si nécessaire ?
Le sentier des cades
Nous quittons le Viel Audon par le petit sentier qui nous sort des gorges de l’Ardèche. En haut, nous sommes sur un plateau karstique, où la végétation a développé une stratégie spécifique pour s’adapter à la sécheresse. Le sentier est parsemé de cades épineux à l’écorce odorante, de buis aux feuilles vernissées, de thym parfumé…

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14 Juin, Balazuc, Ardèche

Stéphane marche avec nous

Nous avons rencontré Stéphane lors d’une intervention de l’Institut des Territoires Coopératifs dans le cursus de formation du Collège des Hautes Etudes en Développement Durable (CHEDD) Aquitaine. Stéphane a été interpellé par la démarche de l’Observatoire de l’Implicite. Il a pris le temps de venir nous rejoindre de Pau à Darbres, de faire une étape de marche avec nous pour rejoindre Balazuc, et d’assister à notre rencontre avec l’équipe du Viel Audon.

Petit entretien avec lui, sur le territoire et son implicite, sur la marche…

13 Juin, De Darbres au Viel Audon (23km)

Longue étape, mais sans dénivelé majeur. Hier au soir à Darbres, Stéphane nous a rejoint pour faire une étape avec nous. C’est ensemble que nous cheminons et quittons le Coiron pour entrer dans l’Ardèche calcaire et les gorges de l’Ardèche.

Un nouveau village : Labas
En traversant Lavilledieu, dont le très beau centre village semble désert, nous rencontrons une dame qui nous explique que “tout est parti là-bas”. Là-bas, c’est 500m plus loin, en périphérie du vieux village, et où tout s’est progressivement déplacé: le médecin, l’épicerie, la pharmacie… A l’entendre, on a presque l’impression qu’il existe maintenant un autre village, qui s’appelle “Labas”. Pour résultat, sa mère va de moins en moins bien car elle ne marche plus, n’ayant plus de raison de sortir au village où il n’y a rien, et ne pouvant aller “là-bas”, trop loin pour elle. D’un côté on cherche à maintenir les populations vieillissantes à domicile le plus longtemps possible, de l’autre on assiste à l’exode des services. Ce “décentrage” des villages est tellement habituel chez nous. Et pourtant, est-ce inéluctable ? Est-ce la seule solution ? Nous comparons avec l’Angleterre où deux de nos enfants vivent actuellement. Dans la campagne anglaise, il nous semble que les villages ont échappé à ce décentrage. Ici, un centre-bourg absolument mort, un habitat qui s’y dégrade, et des zones commerciales et pavillonnaires en périphérie. En Angleterre, des supérettes installées dans les maisons existantes, un habitat ancien entretenu, et très peu de zones pavillonnaires. Serait-il possible d’envisager un autre modèle pour conserver des villages où il fait bon vivre ?

Entre Lavilledieu et Saint Maurice, nous traversons les vignes. Puis nous traversons l’Ardèche à Lanas et longeons la falaise de calcaire jusqu’au très beau village de Balazuc. Les touristes descendent l’Ardèche en canoë, ou s’y baignent. Nous, nous poursuivons pour arriver, à pied (il n’y a pas d’autre moyen de toutes façons) au Viel Audon, “village coopératif” terme de notre étape.

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1DSC026082 Juin, De Pourchères à Darbres (19km)

Etape tranquille ! Même distance qu’hier, mais “pliée” en 4 heures de marche, sur des toutes petites routes qui nous permettent d’allonger le pas et d’adopter un rythme régulier et reposant. En quittant Pourchères, nous sommes encore dans les terres sombres de basalte volcanique. Arrivés à Darbres, nous sommes dans le calcaire. Et quelque part, le chemin semble marquer la frontière.

DSC02598Comme chaque jour, nous rencontrons sur la route nos “amis d’un jour”. 4 ardéchois avec qui nous passons un moment à parler du territoire. Comme nous le raconte l’homme à gauche sur la photo “Ici, faire la carte géologique n’est pas simple : Ce qui devrait être en dessous est dessus, et réciproquement”. Amusant clin d’oeil à notre travail sur l’implicite, qui précisément consiste à mettre le dessous au-dessus.

Nous n’aurons pas le temps de passer à DSC02607Saint-Etienne-de-Boulogne, mais cette exposition nous aurait surement été très utile pour mieux comprendre le territoire et ses habitants. Depuis notre départ, nous remarquons que presque toutes les participants à nos rencontres sont des néo-ardéchois (même si pour certains, l’installation en Ardèche date de plusieurs dizaines d’années). Avec les Odettes (voir le 6 juin), nous avions même évoqué la difficulté pour certaines ardéchoises de rejoindre le collectif. Cette expo, “Nous sommes tous des enfants de migrants – Enfants migrants et acteurs de l’accueil en Ardèche de 1936 à nos jours” nous aurait peut-être aidé à comprendre. Allez: nous allons contacter l’association “Histoire de Dire”. Peut-être reviendrons-nous sur le sujet plus tard…

11 Juin, De Saint Pierreville à Pourchères (19km)

L’étape du jour, de Saint Pierreville à Pourchères, fut de loin la plus difficile. Pas en longueur, 19km, mais avec 1400m de dénivelé ascendant et descendant, et sur des chemins qui semblent ne pas avoir été pratiqués depuis bien longtemps et qu’il faut chercher dans une végétation haute et urticante, grrr… Ce soir, nous sommes cuits !
Mais le paysage était superbe. En milieu de journée, nous avons changé d’Ardèche ! De l’Ardèche du Nord, nous sommes passés dans l’Ardèche du Sud. D’un côté et de l’autre d’une crête, la végétation change radicalement.
Toujours la même progression lente, dans un territoire escarpé, aux ravins profonds qu’il faut contourner, sans rencontrer âme qui vive, sans ravitaillement, sans même un café ni un thé !… Sauvage quoi !
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[nextpage title=”Ardelaine” desc=”8 au 10 juin, De Lamastre à Saint Pierreville” img=”1010″]

10 Juin, Ardelaine (Saint Pierreville)

5èmDSC02572e rencontre de notre itinérance avec Ardelaine : une histoire devenue emblématique du développement territorial. Aujourd’hui, Ardelaine est présentée sur le site touristique du département de l’Ardèche comme “une coopérative de développement local qui propose 3 parcours de visites guidées, une boutique de vente directe de vêtements/couettes/matelas réalisés dans ses ateliers, des stages, un café-librairie, un restaurant locavore…”.

Si Ardelaine est maintenant présentée comme une “coopérative de territoire”, l’histoire commence plus simplement : “Quand nous avons découvert que les éleveurs ardéchois jetaient leur laine parce qu’ils ne trouvaient plus d’acheteur et que la dernière filature du département tombait en ruines… on a eu envie de réagir et de prouver qu’une alternative était possible!”. Comment passe-t-on d’on des ruines (qu’il s’agisse des bâtiments, des outils de production, des savoir-faire…) à une coopérative de production, un restaurant, un musée, un outil de transformation alimentaire mutualisé… Bref, à une dynamique de développement territorial ? Béatrice Barras raconte l’histoire dans “Moutons rebelles, Ardelaine la fibre développement local”, publié aux éditions REPAS dans la collection “Pratiques utopiques”. Et comme le souligne Jean-François Draperi , rédacteur en chef de RECMA – revue des études coopératives mutualistes et associatives – qui signe la préface : Ce que nous propose Ardelaine, ce n’est pas d’affiner notre regard critique sur les incohérences du monde économique et social, c’est de trouver les voies pour se libérer de leurs influences”.

Ardelaine1Autant dire que notre soirée et notre journée avec l’équipe d’Ardelaine fut riche et passionnante. Comme à chaque rencontre, nous en avons tiré de multiples enseignements qui alimentent notre travail sur les principes d’action de la coopération. Citons-en trois :

  • Une distinction fondamentale, qui dépasse la simple sémantique, entre “faire pour” (pour son territoire, pour une filière, pour les partenaires, pour les voisins, pour…) et “faire avec”. La capacité à “faire avec” apparait comme essentielle dans les projets de coopération que nous rencontrons. Elle se décline à deux niveaux : faire avec ce qui est, et faire avec l’autre. Entre “Faire pour” et “faire avec”, ni les motivations, ni le processus d’interaction, ni les résultats ne sont les mêmes. Le chemin de la coopération passe par apprendre à “faire avec”. Comment apprendre à “faire avec” les situations qui se présentent ? A “faire avec” l’autre ? Comment passer du “faire pour” qui peut déresponsabiliser au “faire avec” qui associe et implique ?
  • Un danger : celui de devenir une expérience à programmer. Vouloir reproduire le résultat sans chercher à comprendre et reproduire les comportements et les attitudes qui ont permis le résultat. Souvent, la réalisation cache le chemin emprunté. Comment éviter que l’histoire que l’on raconte oublie le processus et ne garde que le résultat ? Comment rester centrés sur les manières d’être et de faire ? Comment les identifier et comment les développer ?
  • Une réflexion, sur la question de la modélisation. Le même terme est utilisé pour désigner des choses qui n’ont rien à voir. L’être humain apprend par modélisation : nous apprenons à marcher en voyant l’autre marcher. Aujourd’hui, on a tendance à comprendre ce terme que dans son aspect “modélisation industrielle” qui consiste à séparer des tâches, à couper-coller, à définir un processus qui s’applique et s’impose à tous. Au contraire, dans la “modélisation apprentissage”, je construis mon propre apprentissage par le mimétisme (l’imitation de l’autre), puis l’appropriation. Dans le premier cas, l’autre modélise pour moi. Dans le second, je modélise l’autre pour apprendre. Le terme utilisé est le même : modéliser. Comment enseigner à chacun la capacité à modéliser tout en évitant soigneusement la mise en place de “modèles” ?

9 Juin, De Chalencon à Saint Pierreville

Etre honnête

Au gîte municipal de Chalencon, nous prenons le petit dejeuner avec un autre randonneur, Pierre-Louis, qui remonte de la grotte de la Sainte Baume vers Vezelay et termine une année sabbatique pour gagner en “discernement”, et savoir dans quelle direction orienter sa vie.

Travaillant pour une grande entreprise de BTP, il nous annonce s’installer prochainement à son compte pour faire de la rénovation, poussé par un profond désir “d’être honnête”. Nous l’interrogeons sur la dimension qu’il donne à ces mots “être honnête”, et voici sa réponse : Pierre-Louis ne veut plus dire de choses (en l’occurrence, des prix à des clients) dont il ne connait pas et la réalité et le bien-fondé. Et pour éviter d’être en porte-à-faux, il décide de se mettre à son compte, afin de toujours connaître les tenants et aboutissants.

La cohérence de Pierre-Louis nous interpelle. Apprendre à clarifier les faces cachées est certainement un principe d’action à retenir pour progresser sur les chemins de la coopération.

8 Juin, De Lamastre à Chalencon (20km)

DSC02530DSC02531Superbe étape aujourd’hui, de Lamastre à Chalencon. Nous quittons le petit bungalow qui nous a servi de bureau-hôtel pendant ces 3 derniers jours. Au dessus de Lamastre, nous traversons les vergers de cerisiers et les framboisiers. Puis un long passage dans la forêt : sapins, châtaigniers, buis, chênes et acacias. Et pour finir, une longue ligne de crête aux couleurs magnifiques nous permet d’admirer de très belles vues du Mont Mezenc et du Mont Gerbier de Jonc.

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DSC02559Nous arrivons finalement à Chalencon, classé village de caractère, haut lieu de la résistance protestante et témoin des périodes tourmentées des guerres de religion, entre réforme, contre-réforme, dragonnades et insurrections. Curiosité de cette époque, la “chaire du désert”, visible à l’intérieur du temple, qui permettait de déplacer la chaire du prêcheur et ainsi de pratiquer sa religion dans la clandestinité.

DSC02560Nous apprécions deux autres curiosités à Chalencon. L’une d’hier : les mesures à grain qui datent de l’Ancien Régime. L’autre d’aujourd’hui : l’excellent restaurant Châtaignes et Champignons où Stéphane nous a réservé un très bel accueil, et une remarquable cuisine.

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[nextpage title=”CEFORA” desc=”7 juin, Lamastre” img=”1193″]

7 Juin, CEFORA (Lamastre)

Aujourd’hui, notre sac à dos reste posé dans le petit bungalow du camping du Retourtour où nous nous sommes installés. C’est en espadrilles (ouf !) que nous arrivons route de Tournon, pour rencontrer une partie des associés de CEFORA, une SCOP qui accompagne entre 800 et 1000 personnes chaque année, dans la mise en oeuvre de leur projet professionnel.

Présentation de CEFORA par sa gérante, Brigitte Fraisse :

Et deux témoignages de salariés-sociétaires. Celui de Bernard qui parle de l’importance du cheminement pour accéder à l’essentiel, et celui de Mathilde qui ouvre deux pistes suite à nos échanges, une tournée vers sa pratique professionnelle, et l’autre tournée vers son développement personnel.

De notre côté, notre rencontre avec CEFORA nous fait avancer sur quelques thèmes pour lesquels nous pensons nécessaire d’élaborer des principes d’action :

  • CEFORA est la première SCOP que nous rencontrons dans nos itinérances. A partir de la difficulté exprimée d’être à la fois sociétaire et salarié, et d’ainsi porter plusieurs rôles, nous avons échangé sur la nécessité pour entrer en coopération, de développer la capacité à exprimer ses attentes et ses besoins. Savoir les exprimer avec justesse et dans le respect de ses interlocuteurs est déjà parfois difficile. Savoir les identifier clairement en soi est un défi encore plus important, qui exige un travail sur soi.
  • L’écart qui peut parfois surgir entre l’intention que l’on poursuit, et la capacité à la mettre en œuvre. Exemple : Un restaurateur nous expliquait que certains habitants de son voisinage souhaitaient créer du lien avec leur entourage pour développer du jardinage collectif. Pour ce faire, ils avaient organisé des “apéros jardinatoires”, où l’idée était de jardiner ensemble autour d’un apéro. Idée intéressante ! Le jour venu, les gens du village jouent le jeu… mais les acteurs de l’initiative restent entre eux, visiblement en difficulté pour aller vers leurs visiteurs pour les accueillir. Il est souvent plus facile de développer ses capacités techniques, que les capacités relationnelles que l’on a moins l’habitude (malheureusement) de travailler.
  • Enfin, au fur et à mesure de nos itinérances, nous réalisons que nous sommes souvent incapables d’utiliser la ressource qu’est l’autre. Trop souvent, nous nous demandons les attentes et les questions de l’autre (un stagiaire, un associé, un partenaire, une institution…), et au lieu de lui demander, nous imaginons sa réponse à sa place. Au contraire, coopérer requiert la capacité à être curieux de l’autre, à devenir gourmand de ses propres réponses à mes interrogations.

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[nextpage title=”Odette & Co” desc=”4 au 6 juin, De Beaussemblant à Lamastre” img=”985″]

6 Juin, Odette & Co (Lamastre)

DSC02527Ce matin, nous rencontrons “les Odettes” ! Rendez-vous au café, sur la place de Lamastre, puis direction le local, attenant à l’épicerie solidaire.

Au départ, ce collectif est un groupe de femmes en recherche d’emploi, dans un territoire rural, où les CDI ne courent pas les rues. Au travers de l’écriture et de la publication d’un magazine, “Odette & Co”, elles construisent ensemble un projet de vie pour chacune en mettant en valeur des portraits, des parcours, et des initiatives ardéchoises. Se faisant, elles se découvrent des compétences, nourrissent des liens de confiance, et murissent chacune leur projet professionnel (ou pas!).
DSC02525De notre journée avec “les Odettes”, nous tirons des pistes utiles pour mettre à jour les rouages de la coopération. Citons-ici, à chaud, trois d’entre elles.
  • D’abord, la question de “l’impossibilité créatrice”. C’est parce que “trouver 40 CDI à Lamastre, c’est impossible”, que les Odettes cherchent, et trouvent, des chemins alternatifs. Ce lien entre le “rien” qui permet le “tout”, ou l'”inversion du handicap” revient régulièrement dans nos rencontres. Il interroge automatiquement nos dispositifs d’assistance et nos politiques de développement traditionnelles qui ignorent souvent cette capacité humaine à trouver les ressources de sa réalisation.
  • Ensuite, nous échangeons longuement sur la prise en compte de l’impermanence des choses, qui, si elle présente un risque (d’éparpillement, d’essoufflement…) est surtout un atout de renouvellement, d’évolution et donc de pérennisation des initiatives. Savoir cultiver cette capacité est un enjeu des projets coopératifs pour trouver leur moteur.DSC02523
  • Enfin, nous découvrons des terrains où les intentions et la perception par l’extérieur de ces intentions, ne coïncident pas forcement. C’est un sujet de travail pour l’InsTerCoop : Comment apprendre à gagner en cohérence, à développer des comportements cohérents avec les intentions, à identifier les décalages inconscients et en trouver la cause, à gagner en congruence. Là encore, ce thème est récurrent dans nos travaux. Il met en avant le lien indissociable entre transformation sociale (projet collectif) et transformation personnelle.

Quant aux “Odettes”, elles ont elles aussi relater notre rencontre sur leur blog : http://odetteandco.com/2016/06/institut-des-territoires-cooperatifs/.

5 Juin, Lamastre

L'inaccessibilité peut-elle être un avantage ?

Nous entrons en Ardèche pour de bon cette fois-ci, après les multiples passages entre Drôme et Ardèche des premiers jours, sur l’un ou l’autre des rives du Rhône. Aujourd’hui, c’est dimanche : nous avons mérité notre journée de repos de marche et empruntons le “Mastrou”, le train touristique qui relie Tournon à Lamastre en passant par les gorges du Doux. Sur les 28 kilomètres du parcours, un nombre d’ouvrages d’art impressionnant… On imagine l’importance économique de cette ligne à l’époque où elle permet aux ouvriers de rejoindre leur travail.

Mise à part ses lignes de chemins de fer touristiques, l’Ardèche n’est aujourd’hui plus desservie par le train. Pas d’autoroutes non plus sur le département. Des routes nationales ? Oui, il y en a 1 ! Elle traverse le département d’est en ouest, au niveau de Aubenas. Pour traverser le département sur l’axe nord-sud, c’est plus difficile… Les routes sont sinueuses, escaladent les montagnes, puis descendent dans des gorges profondes.

Bref, le territoire n’est pas facilement accessible. Au vu des critères habituels du développement économique, à regarder la carte des moyens de transports, on pourrait vite conclure qu’il n’y a aucun espoir de développement, refermer l’atlas, et partir ailleurs…

Et pourtant. Si nous sommes sur ce territoire ce soir, c’est précisément parce qu’il recèle d’un nombre impressionnant d’initiatives, qui le plus souvent, mettent en oeuvre des modèles hybrides de coopération à la fois sociale, économique et territoriale.

Et si ce qui est souvent présenté comme un “handicap” pouvait être un avantage ? Et si cette difficulté d’accès du territoire était ce que les “néo-ardéchois” venaient justement rechercher ? Et si cette difficulté d’échanger avec l’extérieur pouvait renforcer la capacité du territoire à puiser en lui les forces de son dynamisme et de sa créativité ?

Visiblement, les Ardéchois empruntent d’autres chemins que ceux, bien conventionnels, du développement économique traditionnel. Nous sommes gourmands de les découvrir…

4 Juin, Tournon-sur-Rhône

Nous quittons demain la vallée du Rhône, que nous retrouverons dans deux semaines. Nous avons l’habitude de parler de notre département d’origine, le Lot-et-Garonne, comme d’un immense verger à lui seul. Nous en avons trouvé un autre dans la Drôme des Collines, et sur la rive Ardéchoise du fleuve. Mais les cultures sont différentes. Ici, ce sont les abricotiers et les cerisiers qui dominent. Les surfaces d’abricotiers, bénéficiant d’une prime à la rénovation du verger, ont été multipliées par 3 dans les 20 dernières années. Bon… cette année, nous n’en cuillerons pas car la récolte est bien tardive. Nous nous rattrapons sur les cerises…

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[nextpage title=”Jardins de Cocagne Nord-Drôme” desc=”1 au 3 juin, De Plats à Andancette” img=”1195″]

3 Juin, Jardins de Cocagne Nord-Drôme (Andancette)

Aux Jardins de Cocagne Nord-Drôme nous abordons notamment une question clé : celle du renouvellement des initiatives. Pour l’une de nos interlocutrices, la capacité à trouver une relève, à entrer dans un mouvement continu, est un critère de réussite du projet. Bien des collectifs souffrent de ce manque de renouvellement, qui entraîne immanquablement essoufflement et usure. Comment développer les savoir-être qui permettent ce renouvellement permanent ? Comment apprendre à être utile à un moment donné, et apprendre à se retirer tout en continuant à soutenir ? Comment apprendre à tourner la page sans ressentir l’impression de rester sur le côté du chemin ? Comment transmettre, tout en acceptant que d’autres apportent d’autres choses, des évolutions, des changements ?

Une chose est sûre : pour de d’autres prennent leur place, il faut apprendre à laisser la sienne 🙂

Un pas de plus sur la question de la place

688Hier était un jour de marche. La pluie nous a accompagné sur tout l’après-midi et c’est bien mouillés que nous sommes arrivés à notre chambre d’hôtes. Et c’est donc ce soir que nous vous invitons à la réflexion sur une pensée qui a émergé de la marche de la veille :

Et si nous faisions un pas de plus ?

La marche est-elle là pour nous mettre en forme, ou sommes-nous attentifs à notre forme pour profiter de notre marche et surtout être en capacité de la faire? Dans le premier cas, je compte sur la marche pour prendre soin de moi et dans le deuxième cas, je compte sur moi pour prend soin de moi et pour marcher dans de bonnes conditions.

Nous connaissons bien ces deux façons de faire, la difficulté qui suit la première façon et l’entretien de la forme qui suit dans le second cas (où la marche nous est bien utile pour entretenir notre forme).
Le lien avec “la place” et le rôle que l’on donne à “l’autre” nous est apparu évident…. (cf. journal du 31/05). “L’autre” dont nous parlons peut-il être également des situations, ou des éléments ‘non vivants’, avec lesquels nous agirions de la même manière avec de mêmes attentes?
Cette réflexion rejoint des éléments de notre collecte et nous ne manquerons pas de vous en dire plus quand le travail de fond sera abouti.

2 Juin, Albon

“De Ferme en Ferme” est né ici

L’un d’entre eux est le copain de notre hôte de ce jour. “Ils s’appellent Jacques et Martine Lagut, Patrick Grailhat et Françoise Ducros ou encore Gilles Burlon. Agriculteurs à Crépol, Bathernay et Saint-Martin-d’Août, ils ont été à l’origine de l’opération de Ferme en ferme. Eux et d’autres producteurs de l’Herbasse, de la Galaure ou de la Valloire, dont un, qui n’est plus paysan, Emmanuel Mosse, ont eu cette idée originale en 1993 de créer des portes ouvertes à la campagne, sur leur exploitation, histoire de rapprocher les acteurs du secteur primaire de la société civile en général, les producteurs des consommateurs, les ruraux des urbains. Histoire de mieux se connaître.” (extrait de Drôme-Hebdo).

Fort de la réussite drômoise, l’opération se développe dans le réseau CIVAM, et la première opération nationale a lieu en 2000. Aujourd’hui, “« De Ferme en Ferme ® », est une démarche collective tournée vers la qualité, la vérité sur les produits et les prestations agricoles, dans le désir de communiquer et de transmettre une certaine conception de l’agriculture à des visiteurs souvent extérieurs au monde rural.” (extrait du site http://www.defermeenferme.com). Pour en savoir plus, lire aussi l’article complet de Drôme-Hebdo.

1 Juin, Vion

Ardèche, terre de ceux qui changent de vie ?

Nous n’en sommes qu’au premier contact avec l’Ardèche, mais une idée nous trotte déjà dans la tête. Notre hôte du premier soir venait des Vosges. Notre hôte d’hier avait l’accent Jurassien. Isabelle, avec qui nous déjeunions hier, vient de Lille. Son compagnon, médecin de formation, est revenu en Ardèche et est aujourd’hui vannier et bâtisseur en pierres sèches. Jean-Louis, de Belle Terre, est Aquitain d’origine. Sabine, son épouse, est de Marseille. C’est en Ardèche qu’ils ont posé leur projet…

Et si ce territoire était le territoire de ceux qui y viennent pour changer de vie ? Qu’a-t-il de tellement attractif pour que l’on y vienne planter ses rêves ? Les opportunités d’y faire fortune sont assez minces… Et si la rareté des opportunités permettait le développement d’initiative, la créativité ? Et si certains environnements étaient favorables à la quête de sens auquel nous aspirons ?

Coopération à la Compagnie Nationale du Rhône

DSC02471La ViaRhôna est un itinéraire doux le long du Rhône, entre le Léman et la Méditerranée. A terme, ce sera 815 km de voie pour les randonneurs ou les cyclistes. Son tracé emprunte en grande partie le domaine concédé de CNR (Compagnie Nationale du Rhône), qui apporte en plus un soutien financier représentant plus de 20 % du coût total du projet. Près de Vion, nous croisons 6 marcheurs, salariés de CNR, qui ont monté un projet ensemble : emprunter, sur leur temps de vacances, la ViaRhôna, et s’arrêter dans les écoles pour expliquer aux enfants ce qu’est un fleuve, comment fonctionne une écluse, la production d’énergie hydraulique, la gestion durable de l’espace… Une autre équipe de salariés de CNR suit les marcheurs pour la logistique (les veinard… à l’InsTerCoop, nous n’avons pas encore l’équipe d’assistance !). L’entreprise accompagne la démarche, en phase avec son programme de sensibilisation du grand public à la production d’énergie renouvelable.

Feuilles de Vignes

Le long du Rhône, deux vieilles dames ramassent des feuilles de vignes sauvages. Nous les interpellons, et l’une d’elles nous explique avec gourmandise la recette de ses « feuilles de vignes » qu’elle a apprise de sa belle-fille arménienne. Son amie, complète qu’il faut bien qu’elle aide un peu à la récolte, parce qu’après, elle ne fera que se « glisser les pieds sous la table ». Et « au moins, en ramassant des feuilles sauvages, on sait qu’elles n’ont pas été sulfatées » …

Echalas

DSC02462LDAprès avoir traversé les vignes de Saint-Péray, puis de Cornas, nous traversons celles de Saint Joseph. Nous croisons un viticulteur, qui observe les dégâts de la petite grêle d’hier sur ces vignes. Il nous explique que par ici, les vignes sont conduites sur échalas. A chaque cep de vigne, son tuteur : l’échalas. Une technique particulièrement adaptée pour la syrah, cépage roi des rouges de la vallée du Rhône mais qui présente parait-il un défaut : celui de pousser à l’horizontale voire de se coucher au sol. Nous imaginons le moment où les viticulteurs nouent chaque pied autour du tuteur, à la main bien sûr.

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[nextpage title=”Oasis La Belle Terre” desc=”29 au 31 mai, De Valence à Plats” img=”1196″]

31 Mai 2016, La Belle Terre (St Romain de Lerps)

Première rencontre de notre deuxième itinérance : Avec Jean-Louis et Sabine, qui portent le projet « Belle Terre », et Jacques, Michel et Michel, élus locaux du territoire. Belle Terre est une graine d’Oasis que nous avions repéré dans le numéro spécial de Kaizen. L’idée est de créer un lieu de vie, où l’on prend à la fois soin de la terre, et soin des Hommes. Vivre ensemble, habiter, cultiver…

Deux pistes de réflexion que nous vous livrons et qui font d’ores et déjà partie de la liste des travaux approfondis que nous mènerons à notre retour d’itinérance :

  • Quelle importance tient “la place” dans la coopération avec soi et avec les autres? Sa place, celle que l’on prend, celle que l’on donne à l’autre ou celle que prend l’autre, celle que l’on sait être la nôtre ou celle que l’on croit être la nôtre, celle qu’on laisse volontiers dans certain cas et que l’on revendique dans d’autres, celle qui envahit tout l’espace ou celle qui se fait si petite qu’elle disparaît à la vue des autres…L’échange est au cœur de la coopération. Nous mettons en lumière des mécanismes sous-jacents importants liés à la place de chacun dans les échanges et dans la réussite d’un projet collectif.
    Nous avons hâte d’aller plus loin et de vous en donner plus sur le travail que nous allons effectuer à notre retour et dans les mois qui viennent.
  • Que peut provoquer “une contrainte” ou “un obstacle” à franchir dans la réussite d’un projet collectif? Bien sûr il est normal de voir surgir des problèmes à résoudre tout au long de la vie d’un projet. Certains sont faciles à résoudre mais d’autres deviennent de véritables obstacles à franchir, si difficiles parfois que la finalité du projet se perd de manière insidieuse et se voit supplantée par la vision de cet obstacle qui grossit et devient au bout du compte, la nouvelle finalité. Au passage, l’envergure et la puissance de la vision en prennent ‘un coup dans l’aile’ et les arguments dont on aurait tant besoin pour résoudre ce ‘foutu’ obstacles et élever le débat, surtout quand il y a besoin de convaincre des tiers dont le projet dépend, finissent par faire cruellement défaut. Là encore, la mise en lumière de certains rouages implicites vont permettre de vous donner dans quelques temps des clés de mise en action qui prendront en compte de ce phénomène si fréquent.

30 Mai 2016, Saint Romain de Lerps

Premiers kilomètres de randonnée aujourd’hui, de Valence à Saint Romain de Lerps. 13 petits kilomètres pour nous mettre en jambe : nous en parcourrons au moins 350 d’ici la fin de cette itinérance.

Dès que nous traversons le Rhône et montons les premiers contreforts des monts d’Ardèche, nous retrouvons la végétation et les odeurs caractéristiques de ce territoire : chênes, houx, châtaigniers, buis, genets, muriers… et les chemins de cailloux et de granit, qui montent sèchement depuis la plaine.

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Déjeuner étape au Restaurant Saint Petrus à Saint Péray. Le genre d’endroit où les gens se connaissent ou se reconnaissent de table en table, et finissent par prendre le café ensemble. Bon signe pour démarrer notre itinérance : la serveuse nous fait découvrir la salle du premier étage, en me disant « c’est la face cachée de l’iceberg »… Du coup, nous lui laissons notre carte de visite spéciale, destinée à tous ceux qui nous disent « Vous êtes en vacances ? » afin de leur expliquer ce que l’on fait, et de les laisser nous apprendre des choses sur leur territoire !

DSC0245729 Mai 2016, Montélimar

La seconde itinérance marchera au nougat ! A condition que ce soit la recette officielle, dont la composition fut fixée par un décret le 12 mai 1996: Au moins 28% d’amandes et 2% de pistaches, et au moins 25% de miel par rapport aux matières sucrantes totales.

Pour nous, le fournisseur est la maison Pierre Bonnieu, LArtisan Nougatier : Que du miel de Lavande de Provence (35%), des amandes de Provence, le tout cuit au chaudron 🙂

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Repérage de la 2ème itinérance

Nous étions du 18 au 20 avril en repérage sur notre prochain territoire d’itinérance. De Montpellier à Valence, en passant par Nîmes, Montélimar, Aubenas, Privas et Romans sur Isère, nous avons été à la rencontre d’anonymes pour les écouter parler de leur territoire, et découvrir les initiatives qu’évoque le mot “coopération” pour eux.

3 jours passionnants qui nous ont permis de voir l’incroyable “ébullition coopérative” des territoires de Drôme et d’Ardèche : que ce soit dans les domaines économiques traditionnels, les domaines sociaux, ou écologiques, ou les dynamiques territoriales. A chaque fois, des rencontres stimulantes et le plaisir d’échanger.

Pour préparer la 2ème itinérance, nous avons recensés et contactés 130 initiative rien que sur ces 2 départements. A ce jour, 15 d’entre elles nous ont fait part de leur intérêt pour accueillir l’Observatoire de l’Implicite. Le voyage, prévu du 30 mai au 4 juillet, s’avère très fécond !

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Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt