Institut des Territoires Coopératifs

22 octobre 2018 – Résistance à la compréhension humaine : Paradoxe et Enjeu

16 kms entre Vernot et Messigny-et-Vantoux

Résistance à la compréhension humaine : Paradoxe et Enjeu

Lors des rencontres de l’InsTerCoop, nos interlocuteurs savent que nous allons explorer l’implicite, mettre en mots la façon dont ils se développent, et développent leur chemin de coopération. Ce faisant, nous les amenons à élargir leur compréhension de leur propre collectif, à l’appréhender sous l’angle de la compréhension humaine (*), qui s’attache à comprendre ce que je vis, et ce que vit autrui.

A chaque fois, sans aucune exception depuis la 1ère rencontre de 2016 et les 40+ collectifs rencontrés à ce jour, nos interlocuteurs nous montrent et nous disent combien ils apprécient ce temps, combien il est important pour eux. Arrivés au bilan de la journée, immanquablement, ils soulignent la sincérité, la valeur de l’échange, la découverte des personnes autour de la table (qu’ils côtoient pourtant le plus souvent au quotidien), également la compréhension de leur propre comportement et positionnement. Ils vont nous dire qu’ils se sont parlé comme ils ne se parlent pas d’habitude, expriment avec des éléments très concrets combien ils trouvent extraordinaire d’être dans le non-jugement, de pouvoir poser des mots, aborder des non-dits, et exprimer des opinions différentes dans la tranquillité, finissant souvent en exprimant leur besoin d’avoir régulièrement ce type d’échange, de se donner ces temps-là.

Le paradoxe est que bien souvent dans les minutes qui suivent, les mêmes personnes vont balayer ce qu’elles viennent de mettre en mot, en revenant au projet qu’elles portent, à ses difficultés, ses comptes, ses chiffres, sa rentabilité, son contexte… comme pour justifier par l’urgence et les obstacles qu’elles rencontrent, le fait de ne pas s’accorder ce temps de compréhension humaine. D’un côté, elles en reconnaissent l’importance, de l’autre elles le balayent d’un revers de main pour revenir à une compréhension strictement intellectuelle de leur projet.

C’est un paradoxe ; c’est là aussi l’enjeu de notre travail : la compréhension intellectuelle et la compréhension humaine ont besoin de se mailler et d’être en permanence en harmonie, au service l’une de l’autre, et à notre service. On pourrait croire que l’enjeu est de préserver des moments dédiés à la compréhension humaine. C’est sans doute une première étape nécessaire pour s’habituer à pratiquer cette compréhension élargie. Le véritable enjeu est de trouver la ressource pour faire vivre ces deux compréhensions, indissociables l’une de l’autre, simultanément, dans le même mouvement de découverte de l’autre et d’expression de soi, et ce quel que soient la situation et les personnes.

Nicolas, à la CUMA de Condé (cf. vidéo du journal du 18 octobre), le dit très bien, avec la pudeur qui montre l’apparente difficulté de cela : « Je ne sais pas si c’est le lieu pour le dire, mais ce qui serait bien ce serait qu’on soit toujours capable de ça ». Être en permanence dans une compréhension à la fois intellectuelle et intersubjective. Croître en maturité coopérative c’est être en capacité d’interagir en même temps à propos de la machine que je partage, et avec la personne avec laquelle je partage cette machine.

Lorsque les personnes comprennent et s’approprient cela, elles n’ont qu’une envie, c’est d’avoir et de garder le confort qu’apporte l’alliance des deux.

 

(*) les termes de « compréhension humaine » ont été introduits par Edgar Morin. Lire par exemple à ce sujet « Pourquoi enseigner la compréhension humaine ».

Légende :

En traversant la forêt domaniale de Saussy, point de vue au dessus de la Combe Quinquendolle.

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Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt