Institut des Territoires Coopératifs

23 avril – Déchiq’Bois

Lacapelle-del-Fraisse (Cantal) – Rencontre avec les acteurs de la CUMA Déchiq’Bois

Son action

Déchiq’Bois est une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) qui met à disposition de ses adhérents un broyeur mobile permettant, à partir d’une ressources en bois auparavant non-valorisée, de produire des copeaux pour alimenter des chaufferies à plaquettes.

Née en 2006 à l’initiative de cinq adhérents de la Châtaigneraie Cantalienne, autour de Lacapelle-del-Fraisse, la CUMA rayonne aujourd’hui sur l’ensemble du département du Cantal et regroupe plus de 70 adhérents. Des agriculteurs bien sûr, ainsi que des collectivités territoriales, des forestiers, des scieries… Elle produit des plaquettes pour ses membres, et alimente également des chaufferies du département, via un Groupement d’Intérêt Economique à vocation commerciale.

Le bois utilisé pour produire les plaquettes est dit “fatal”, parce qu’il ne peut pas trouver de débouchés sur les marchés classiques. Auparavant, la plus grande partie de ce bois pourrissait sur place, et les propriétaires devaient même payer pour faire nettoyer les parcelles avant de replanter. Ils trouvent ainsi un moyen de valoriser un déchet, dans un modèle d’économie circulaire. D’un point de vue écologique, les chaudières à plaquette sont peu émettrices de CO2, d’où l’essor des chaufferies bois.

La première machine a été remplacée par une nouvelle (250K€ d’investissement pour le broyeur, autant pour le tracteur associé) et de nouveaux investissements sont envisagés. C’est peu à peu toute une filière, avec des emplois non délocalisables qui se met en place.

Photo extraite d’un article de l’Union du Cantal

Ce qu’ils retiennent de la journée

Des résonances avec nos travaux

Pour commencer, l’expérience de Déchiq’Bois illustre bien le positionnement stratégique du projet MCDR “Le développement rural par la coopération”. Déchiq’Bois est une nouvelle illustration que la capacité à agir collectivement permet l’émergence et le développement de projet bien au-delà de ce que l’on imagine : partie d’un projet collectif autour de 5 adhérents, Déchiq’Bois, 10 ans plus tard, est le socle d’un projet de filière économique à l’échelle départementale.

Comme avec tous les collectifs que nous rencontrons désormais, nous reprenons dans notre journal d’itinérance trois points clés que la rencontre a permis d’explorer et de questionner.

Le premier tourne autour de la question de la proximité, dans un contexte de développement. En changeant d’échelle, le territoire de Déchiq’Bois devient départemental. Comment continuer à faire vivre la coopération dans une logique de croissance qui étend considérablement le territoire d’action des acteurs ? Comment organiser la vie coopérative alors que les distances physiques entre les associés augmentent ? On ne peut coopérer, au sens d’être co-auteurs d’une oeuvre commune, sans interactions entre les personnes, ce qui fait référence au principe d’action : penser et agir ensemble. Comment faire pour éviter que la croissance ne détruise la coopération, et finisse par induire une logique de consommation d’un service ?

Le deuxième point clé exploré avec Déchiq’Bois touche à la question de la transmission, du renouvellement des rôles et des générations. Certains des acteurs présents témoignent de système de gouvernance tournante, instauré dans leur CUMA, de manière à éviter la lassitude et l’usure de certains, mais également le désengagement progressif des autres. Leur témoignage montre que c’est le résultat d’un processus, engagé et maintenu de manière constante sur de nombreuses années, avec une aptitude à intégrer en permanence la nouvelle génération et ses spécificités. Comment parvient-on à des tels mécanisme de renouvellement-continu ? Quels savoirs-être particuliers les leaders doivent-ils développer pour rendre possibles de tels mécanismes ?

Enfin, le troisième point clé traite des modes d’engagements. Les modes d’engagement des générations évoluent avec les générations. Il est par exemple illusoire de voir des jeunes s’engager de la même manière que des quinquas. Le rapport au temps notamment n’est pas le même : là ou une génération conçoit d’être aux commandes d’une organisation collective pendant 10 ou 15 ans, d’autres générations souhaitent s’engager pour des durées beaucoup plus courte. Plutôt que de croire en la baisse de l’engagement (ie “les jeunes ne s’engagent plus”), il est nécessaire de s’interroger sur l’évolution des formes d’engagement. Permettre le renouvellement des rôles et des responsabilités nécessite d’accepter des modes de faire différents. Nous sommes là au croisement de deux principes d’action : “entre diversité et unité” et “entre la place que l’on prend et la place que l’on laisse”. Sans doute est-il nécessaire de se poser la question du rôle bénéfique du ‘vide’?


Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt