Institut des Territoires Coopératifs

28 mai – Communauté de Communes en Bocage Bourbonnais

Bourbon l’Archambault (Allier) – Rencontre avec des élus, des agents et des habitants de la CCBB

Son action

La Communauté de Communes en Bocage Bourbonnais est fortement engagée dans la mise en œuvre de logiques de co-construction avec les habitants du territoire. Les formes de mobilisations ainsi que les sujets traités sont variés. Citons en trois : l’organisation d’ateliers de prospective citoyenne sur la question de la vitalité sociale du territoire, la réalisation d’un atlas participatif de la biodiversité du territoire inter-communal, et le projet émergent de territoire zéro chômeur de longue durée.

Ce sont les moteurs de cette implication citoyenne que nous cherchons à explorer lors de notre passage à Bourbon l’Archambault.

Ce qu’ils retiennent de la journée

Des résonances avec nos travaux

Avec tous les collectifs que nous rencontrons désormais, nous reprenons dans notre journal d’itinérance trois points clés que la rencontre a permis d’explorer et de questionner.

Nous sommes très appréciatifs de la capacité des acteurs que nous avons rencontrés à Bourbon l’Archambault à faire vivre la dialogie « entre rôle et identité ». De notre expérience, il est assez rare, et d’autant plus dans des environnements institutionnels, que les membres d’un collectif aient le discernement nécessaire pour distinguer à quels moments mobiliser les rôles (les prérogatives, les responsabilités, les missions… Mon rôle = « ce que je fais ») et à quels moments engager les dialogues et l’échange entre les personnes (Mon identité = « qui je suis », mes valeurs, mes représentations, mes motivations…). Dans la vidéo, Alain souligne qu’il y avait autour de la table une variété de rôles (1/3 d’élus, 1/3 d’agents et 1/3 d’habitants rappelle-t-il), et Pierre précise la « relation d’égal à égal » qui s’instaure dans l’échange. Cette capacité à habiter l’espace entre rôles et identités est certainement un facteur clé qui permet la mobilisation et l’implication citoyenne durable dans la chose publique.

Pourtant, Jean-Marc et d’autres autour de la table soulignent également les limites de ces efforts de mobilisation. Comment faire pour éviter l’entre-soi, pour que les initiatives fassent « boule de neige », que le cercle s’agrandisse, qu’il ne réunisse pas seulement les « habitués » qui sont déjà autour de la table, mais gagne peu à peu d’autres acteurs, et d’autres élus qui aujourd’hui ne sont pas dans cette mobilisation ? Pour Pierre, les échanges de la journée « remettent en cause un certain nombre de nos fonctionnements ». Les échanges que nous avons eus peuvent éclairer ces limites.

Les participants à la rencontre ont tous souligné la qualité de l’espace d’échange que nous avons créé, espace propice au partage des représentations des uns et des autres. De toute évidence, les acteurs de la CCBB savent créer ces espaces de qualité. Mais sommes-nous capables de créer ces espaces quel que soit l’autre, de manière inconditionnelle, où agissons-nous différemment (sans le vouloir et sans y penser) en fonction de notre interlocuteur ? Par exemple, avons-nous la même ouverture, la même tranquillité et la même curiosité de l’autre lorsqu’il exprime des opinions différentes des nôtres ? N’avons-nous pas parfois tendance à d’abord rechercher chez l’autre la représentation de nos propres valeurs avant de lui offrir cet espace de qualité ? Or, c’est précisément cet espace de qualité, sécurisé, qui permet de partager nos représentations sur nos valeurs profondes. Tant qu’il n’existe pas, nous restons sur des présupposés, des interprétations, et ne pouvons coopérer. La coopération commence par le partage de nos représentations et de nos subjectivités. Ces éléments sont au cœur du principe d’action « Entre intention et comportement ».

Dans la vidéo, Didier ajoute « Si la qualité de l’espace permet à l’autre de venir dans cet espace-là, c’est super. » De ma capacité à ouvrir cet espace va donc dépendre un sentiment d’accueil de l’autre, ou au contraire un sentiment de rejet. Nous n’avons pas toujours suffisamment de discernement pour voir l’impact de nos enjeux sur nos comportements, et l’influence de ces comportements sur l’autre. Par exemple, plus nous cherchons à convaincre l’autre, plus la qualité de l’espace d’écoute diminue. Apprendre à cultiver des espaces de dialogues de manière inconditionnelle, à faire que chacun puisse « venir dans cet espace-là » et sans doute une clé pour créer l’effet boule de neige et obtenir une implication plus large encore de l’ensemble des acteurs.


Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt