Institut des Territoires Coopératifs

3ème Journal d’Itinérance : Lot-et-Garonne

3ème Itinérance de l’Observatoire de l’Implicite

Nous avons mené notre 3ème itinérance du 10 octobre au 10 novembre dernier. Elle fut particulière pour deux raisons majeures. D’une part, nous n’avons pas été à la rencontre d’acteurs de projets, mais à la rencontre d’habitants d’un territoire, pour mettre à jour la manière dont ils vivent et ressentent leur territoire. D’autre part, nous avons emmené avec nous dans notre itinérance, une équipe de chargés de mission du Conseil Départemental de Lot-et-Garonne et du Comité Départemental du Tourisme pour qu’ils s’approprient notre protocole de mise en lumière de “l’implicite du territoire”. Tout au long du parcours, nous avons consigné dans notre “journal d’itinérance”, nos observations, remarques, et enseignements à chaud que nous tirons de nos rencontres. Nous sommes heureux de partager ce journal avec vous.

A propos de l’itinérance :

Chroniques sur le chemin :

Résumé et vidéo des 8 rencontres :

Bonne navigation !

Départ de la 3ème itinérance de l’Observatoire de l’Implicite

La 3ème itinérance de l’Observatoire de l’Implicite a démarré le 10 octobre, et s’achèvera le 10 novembre. Au programme, le tour du département de Lot-et-Garonne, et 8 rencontres avec ses habitants, pour mettre à jour l’identité du département telle qu’ils la vivent. Le Conseil Départemental de Lot-et-Garonne, et le Comité Départemental du Tourisme sont partenaires de cette itinérance qui doit permettre de rendre explicite les représentations que les Lot-et-Garonnais ont de leur territoire, afin qu’elles puissent servir de socle à l’élaboration d’une stratégie touristique départementale. Ce projet est très motivant pour l’Institut des Territoires Coopératifs car les enseignements de l’itinérance, qui nourriront par ailleurs les travaux au long cours de l’Institut, trouveront un usage opérationnel à court terme. A cet effet, nous serons régulièrement accompagnés des agents territoriaux, que ce soit pour les marches d’approche ou pour les rencontres, afin qu’ils s’approprient peu à peu la démarche et ses résultats.

Ci-dessous la carte de l’itinérance :

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Le calendrier :

  • Les 13 et 14 Octobre, rencontre à Saint Sernin de Duras
  • Les 16 et 17 Octobre, rencontre à Meilhan sur Garonne
  • Les 19 et 20 Octobre, rencontre à Casteljaloux
  • Les 23 et 24 Octobre, rencontre au Fréchou
  • Les 30 et 31 Octobre, rencontre à Agen
  • Les 2 et 3 Novembre, rencontre à Penne d’Agenais
  • Les 6 et 7 Novembre, rencontre à Villeréal
  • Les 8 et 9 Novembre, rencontre à Villebramar

Ce journal rassemble des images, réflexions et vidéos glanées durant notre itinérance de l’Observatoire de l’Implicite en Lot-et-Garonne. Pour chaque rencontre, nous revenons sur des points clés et les questions que nos échanges ont soulevées. Le travail de découverte et de mise à jour des rouages profonds de la coopération est indépendant de ce journal et fera l’objet de publications dans les mois à venir.
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Première étape : Tombeboeuf – Saint Sernin de Duras

12 octobre : 19 km, Tombeboeuf – Miramont de Guyenne

C’est une étrange impression pour nous, de partir pour cette 3ème itinérance, de chez nous ! Nous le disons souvent : « c’est ce que je sais de toi qui nous empêche de te connaitre ». Le défi pour nous sera de nous affranchir de notre propre représentation du territoire. Cela dit, nous ne sommes pas inquiets : le protocole même de notre travail est conçu pour cela, puisqu’il ne s’agit pour nous d’interpréter le territoire à partir de ce qu’en disent nos interlocuteurs, mais bien de les mettre en observation de leur propre territoire et manière de l’habiter.

dsc03680lddsc03682ldA 15h30, nous arrivons à Miramont de Guyenne, au Petit Chaperon Rouge, le nouveau restaurant du Saut du Loup. Nous avons une conférence de presse, organisée par le Conseil Départemental pour présenter le projet de cette 3ème itinérance, et comment elle s’intègre dans les Etats Généraux du Tourisme (EGT47). (voir l’article de La Dépêche). Le lieu a été choisi pour mettre en avant ce complexe touristique récemment rénové, avec une capacité d’hébergement de 550 lits, souvent méconnu. Nous reviendrons sur ce thème de la méconnaissance de notre environnement proche dans une prochaine chronique.

Pour notre première étape, nous nous arrêtons chez une connaissance qui nous héberge. Le sujet de notre itinérance est abordé, comme il le sera à chacune de nos rencontres. Nous voyons déjà qu’elles contribueront à nous éclairer sur la représentation que les habitants ont de leur département, la manière dont ils le positionnent par rapport à ses voisins (ici de Dordogne ou du Lot), la façon dont ils le valorisent. Peu à peu, ces images isolées constitueront une représentation plus complète, comme lorsque l’on assemble un puzzle.

13 octobre: 21 km, Miramont – St Sernin

Le lendemain, 21 km nous attendent pour rejoindre Saint Sernin de Duras. Au Pays du Dropt, le bâti ressemble plus à celui de Dordogne : la pierre, les toitures… L’activité agricole est diversifiée, comme la veille, entre vergers, céréales, maraichage et élevage. Cela crée une appréciable diversité de paysage.

dsc03696ldA Roumagne, nous apprécions la mise en valeur de l’espace, l’entretien du village, et la belle vue du château. Nous poursuivons et traversons le Drop pour atteindre La Sauvetat du Dropt. C’est l’heure d’une halte pour nous réchauffer et nous apprécions notre arrêt aux Fées Gourmandises. Ses patrons ne tiennent pas seulement un établissement bar-tabac-restaurant-épicerie, mais font traverser la route aux gamins le matin à l’heure de l’école, accueillent les petits quand les parents ont des courses à faire, ou les mamies pour faire du tricot une après-midi par semaine. On pourrait l’appeler les « fées du lien », ou les « fées de l’échange » !… En tout cas, nous en remercions les hôtes pour leur accueil et leur engagement au cœur de leur territoire.

dsc03711ld dsc03716ld En repartant, les premières vignes apparaissent peu à peu et nous pénétrons sur le territoire du vignoble de Duras. A Pardaillan, Catherine du Comité Départemental du Tourisme et Elise du Conseil Départemental, nous rejoignent pour faire ensemble les 8 derniers kilomètres qui nous mènent jusqu’à Saint Sernin, lieu de notre première rencontre avec des habitants du territoire. Nous y évoquerons d’ailleurs la mémoire de Marguerite Duras, et son attache à ce village de Pardaillan où elle a vécu.

Sur les derniers kilomètres, nous ressentons l’étonnante tranquillité qui émanent du paysage. Il ressemble pourtant au paysage du matin. Et pourtant, quelque chose d’invisible le rend particulièrement paisible. Est-ce l’éloignement des grands axes routiers qui donne une profondeur au silence, et laisse le champ des oiseaux résonner ? La douce courbe des coteaux ? La lumière qui change ? Nous notons tous les quatre cette agréable tranquillité.

dsc03720ldEn arrivant sur Saint Sernin, nous avons le bonheur de découvrir en bordure du chemin, des poèmes évocateurs, qui font partie de notre patrimoine et parlent à toutes les générations : Du Barbara de Prévert, au Petit cheval de Paul Fort, en passant par Verlaine… Merci au poète qui a eu cette belle initiative. Tranquillité encore…

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1ère rencontre: Saint Sernin de Duras

Les 13 et 14 octobre, la première de notre série de 8 rencontres avec des habitants du département de Lot-et-Garonne se déroule à Saint Sernin de Duras.

Nous passons une soirée, une matinée et un début d’après-midi avec 6 personnes, engagées dans l’accueil de tourisme sur leur territoire, dans la vie associative, ou l’organisation de la collectivité.

Ce qu’ils en ont pensé… ils le disent dans la vidéo ci-dessous :

Pour notre part, cette première rencontre nous révèle plusieurs point que nous creuserons tout au long de notre itinérance. Citons-en 3 ici :

  • Pour entretenir son territoire, le valoriser, le développer, il faut commencer par l’apprécier. Or, ce n’est pas toujours évident d’aimer ce qui nous entoure. Nous nous rendons même compte que nous connaissons mal notre environnement immédiat. Afin de faire des habitants des ambassadeurs de leur territoire, comment apprendre à découvrir et connaître ce territoire ? Comment apprendre à développer son regard pour l’apprécier ? Comment mettre à distance ce qui est sous nos yeux, pour mieux l’apprécier ?
  • Accueillir quelqu’un sur son territoire, pour qu’il s’y sente bien, c’est bien sûr lui faire découvrir ce qui l’entoure. Mais c’est également être curieux de lui, de son mode de vie, de son territoire à lui. C’est aussi l’envie d’apprendre de l’autre. C’est cette relation d’échange qui donne à l’accueil toute sa qualité. Cette part manque parfois. Comment développer la curiosité de l’autre, afin de l’accueillir vraiment ?
  • Chaque territoire a une identité vécue et portée par ses habitants, et dont découlent des modes de vie. L’expérience vécue par le touriste est d’autant plus forte si elle résonne avec son propre mode de vie, ou celui qu’il recherche. La qualité de la relation est d’autant plus forte si l’hôte et le voyageur peuvent se reconnaître l’un chez l’autre. Mettre à jour l’identité réelle du territoire, telle que vécue par ses habitants, est un gage pour faire venir des touristes qui y seront sensibles, et seront touchés. Alors comment « choisir » des touristes qui nous ressemblent ? Faut-il “choisir” ses touristes ?

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2ème rencontre: Meilhan sur Garonne

Le 16 octobre au soir, nous sommes à Meilhan sur Garonne pour la deuxième rencontre de l’itinérance. Après déjeuner, Anne et Jean-Claude, respectivement du Comité Départemental du Tourisme et du Conseil Départemental de Lot-et-Garonne, nous rejoignent, pour faire les 9kms en vallée de Garonne, entre Sainte Bazeille et Meilhan. En fin d’après midi, nous sommes accueillis sur le tertre de Meilhan qui domine la plaine de Garonne. Comme à chaque étape, la soirée est dédiée à la rencontre des participants. Ensemble, nous évoquons le territoire. Le lendemain, nous suivons le protocole de l’Observatoire de l’Implicite, destiné a mettre à jour l’identité du territoire, au travers de ses habitants.

Quelques photos des deux jours de marche entre Saint Sernin et Meilhan :

Ce que les participants ont pensé de notre rencontre ? Ils le disent dans la vidéo ci-dessous :

Cette rencontre nous révèle plusieurs point que nous continuerons à creuser lors de notre itinérance. Citons-en quelques uns ci-dessous :

  • Au travers d’échanges que nous avons sur l’implication des habitants pour leur territoire, nos interlocuteurs mettent à jour un exemple de l’influence du territoire sur les comportements : A Couthures sur Garonne, les inondations du fleuve ont appris aux gens à être soudés. Cet apprentissage de la solidarité à travers les crues, s’exprime au quotidien par une mobilisation très forte des habitants pour leur village. Ici, le paysage a créé une “compétence implicite” d’engagement, comme nous avions mis à jour en Pays de Loire, une capacité à gérer l’espace commun, elle aussi issue des débordements du fleuve. Apprendre à reconnaître les compétences implicites d’un territoire est très utile pour renforcer les initiatives qu’on y déploie.
  • Lors des échanges, nos interlocuteurs citent plusieurs choses qu’ils apprécient sur le territoire, comme par exemple le simple fait de se saluer lorsque l’on se croise. Ces choses que l’on aime, que ceux qui étaient là avant nous portaient déjà, et qui renforcent notre attachement au territoire, il nous appartient de les entretenir. Sommes-en nous conscients ? Savons-nous nommer ces petits riens qui font tant ? Sommes-nous à notre tour capables de les donner à de nouveaux arrivants ?
  •  Les mots employés durant la matinée et la soirée sont des mots de la vie de tout les jours, des mots qui sonnent “vrai” car ils sont incarnés. Lorsqu’on veut mettre en valeur le territoire, on cherche souvent des “slogans”, ou des mots qui sonnent comme tels. Ces mots décrivent la même chose, mais ne transmettent pas le même contenu. L’expression du vécu des habitants nous apprend à parler du territoire avec des mots qui touchent. Sachons nous en inspirer.
  • Enfin, nous abordons la question de l’accueil, et mettons à jour une distinction essentielle entre l’accueil inconditionnel, et celui qui se fait “sous condition”, dépendant de l’attitude du nouvel arrivant. Derrière le mot “accueil” se cachent des attitudes qui peuvent être très différentes. Apprendre à faire la distinction, et savoir comment développer un accueil inconditionnel est sans doute essentiel pour un territoire à vocation touristique.

Pour clore cet épisode de notre journal d’itinérance, un clin d’œil à Carole et François qui nous ont hébergés et qui nous ont offert cette belle prise de vue d’Anne et moi, petites silhouettes en marche avec le clocher de Saint Sauveur de Meilhan dans le brouillard matinal. depart

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Revue de Presse

L’Observatoire de l’Implicite vu par Sud-Ouest (19 octobre) : L’essence du territoire

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Dans Le Républicain, l’Observatoire est en marche 😉

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Et la rencontre de Saint Sernin, ce que la presse en dit, notamment “Le Républicain” :

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Et “Sud-Ouest” :

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Les Lot-et-Garonne

Après 6 jours de marche, n’étant pas encore à mi-parcours de notre itinérance, nous pouvons déjà le dire: c’est au pluriel qu’il faudrait écrire “Lot-et-Garonne”.

Depuis notre départ de Tombeboeuf, nous avons déjà traversé 6 paysages différents: D’abord les coteaux de Guyenne, d’où nous sommes partis, avec leurs collines et leurs vergers. Puis, vers Duras, le vignoble et la vallée du Dropt. Poursuivant notre chemin, nous retrouvons un paysage proche de celui du départ (il est “comme chez nous!”). Redescendant vers le sud, nous traversons Garonne. Paysage de plaine, cultures de céréales… Puis le paysage devient à la fois forestier et agricole. Les vignes ont encore leur place. La forêt est variée, avec les peupliers que nous trouvions au nord, et les pins qui déjà apparaissent. Quelques kilomètres avant Casteljaloux, nous entrons clairement dans la forêt landaise. La terre devient sableuse. Les pins dominent.

Nous savons qu’en continuant notre itinérance, nous allons trouver encore d’autres paysages, en Albret, en Agenais, en Pays de Serre et en Lemance.

Cette variété exceptionnelle nous apparait ambivalente :  D’un côté, c’est une très belle richesse et un atout pour le visiteur qui aime la nature et les paysages. D’un autre, cette diversité présente un défi. Il est toujours plus difficile d’exprimer et de montrer quelque chose de complexe et de multiple.

Les “Lot-et-Garonne” sont une richesse. Peut-être pourrions-nous apprendre à la dire.

Notons ici le remarquable travail d’Atlas Paysagé du Lot-et-Garonne, dont la carte ci-dessous est extraite et coïncide exactement avec notre expérience. L’atlas peut-être découvert ici.

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3ème rencontre: Casteljaloux

Le 19 octobre au soir, nous arrivons à Casteljaloux pour la troisième rencontre de l’itinérance. Après déjeuner, Estelle, du Comité Départemental du Tourisme nous rejoint, pour faire les derniers kilomètres dans le sable de la forêt des Landes de Gascogne. Comme à chaque étape, la soirée est dédiée à la rencontre des participants, impliqués dans la vie touristique, culturelle, et sociale du territoire. Le lendemain, nous suivons le protocole de l’Observatoire de l’Implicite, destiné a mettre à jour l’identité du territoire, au travers de ses habitants.

Quelques photos de l’étape de Meilhan à Casteljaloux :

Retour sur la rencontre, par les participants eux-mêmes :

Comme pour les premières rencontres, citons trois thèmes qui sont ressortis de cette rencontre, et nourriront les travaux de l’Institut des Territoires Coopératifs :

  • L’importance de savoir distinguer notre identité de rôle, liée à ce que nous faisons (notre rôle, nos responsabilités, nos actions…) et notre identité intégrée, liée à ce que nous sommes (notre identité, nos représentations, nos valeurs…). C’est souvent la première qui “parle” car c’est celle qui est publique et visible par tous. Mais c’est la seconde qui façonnent nos comportements, qui orientent nos actes, et qui, plus largement, nous animent. Depuis le début de ses itinérances, l’Observatoire de l’Implicite montre combien savoir dépasser son identité de rôle, pour accéder à l’identité intégrée est indispensable pour créer les conditions d’un échange sincère, profond et constructif, alors que malheureusement, nos systèmes d’organisation (territoriaux, politiques, associatifs…) nous y empêche le plus souvent. Nous voyons là un enjeu essentiel qui nécessiterait un vaste chantier de refonte de nos fonctionnement habituels, et l’apprentissage de nouvelles manières d’organiser les coopérations territoriales.
  • Nous l’avons noté dans une chronique précédente : on devrait parler du Lot-et-Garonne au pluriel, tant la diversité y règne, d’un point de vue du paysage, de l’histoire, du patrimoine ou des origines de ses habitants. Nous avons souligné précédemment la difficulté de donner une “identité” propre à un territoire justement caractérisé par sa diversité. Les échanges à Casteljaloux ont mis un autre défi en avant : la nécessaire capacité à travailler en réseau, à coopérer, entre acteurs du territoire et singulièrement entre acteurs touristiques. Sans cela, il sera extrêmement difficile de valoriser la “polyculture” (au sens agricole, comme au sens culturel) du territoire. Défi car le Sud-Ouest n’a pas nécessairement un culture de coopération, au sens étymologique du terme, qui signifie être co-auteur d’une œuvre commune. Pour développer son tourisme, le Lot-et-Garonne se doit d’être un territoire coopératif.
  • Depuis le début de notre itinérance, nous croisons des acteurs engagés dans le territoire depuis de nombreuses années. La relève… C’est le troisième thème central que nous retenons de nos échanges casteljalousains. L’enjeu est important, pour éviter l’essoufflement des initiatives, rester en phase avec les évolutions, et assurer la pérennité à long terme. Mais transmettre est toujours un sujet difficile, et ce d’autant plus que l’identité de rôle est sur-valorisée culturellement. Comment susciter la motivation à s’impliquer ? Comment aider de nouveaux responsables à trouver leurs propres réponses pour poursuivre l’œuvre que l’on a commencé ? Comment coopérer entre générations ? Ces questions sont au cœur de bien des domaines et nécessitent le développement de capacité particulières.

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4ème rencontre: Le Fréchou

Le 22 octobre au soir, nous arrivons au Fréchou. Peu à peu, nous avons quitté le paysage de la forêt des Landes, ses petits coins secrets, et ses palombières. Le paysage est maintenant celui de larges panoramas, de collines qui ondulent et sur lesquelles le vignoble de Buzet s’étend.

Cette fois-ci, ce sont Véronique et Frédérique, du Conseil Départemental et du Comité Départemental du Tourisme qui nous rejoignent pour faire les derniers kilomètres avant d’arriver au Château du Fréchou, lieu choisi pour notre soirée de rencontre et la journée de travail du lendemain.

Témoignages des participants à ces rencontres :

Comme pour les autres rencontres, citons quelques thèmes qui ressortent de cette rencontre, et nourriront les travaux de l’Institut des Territoires Coopératifs :

  • Dans un territoire qui se distingue à la fois par la taille relativement modeste de ses sites touristiques, et par leur diversité, les coopérations territoriales sont des atouts indispensables pour proposer aux visiteurs suffisamment d’activités pour qu’il trouve son compte sur le territoire. Comment organiser ces coopérations, indépendamment des “frontières administratives” des différentes strates de l’organisation territoriale ? Comment dépasser les logiques de concurrences ? Comment passer de simples “coordinations” des initiatives, à un environnement où les acteurs du tourisme créent eux-mêmes et mettent en œuvre ces coopérations ?

 

  • Lorsqu’une démarche de large concertation entre des acteurs opérationnels est menée, il arrive fréquemment d’aboutir à de longues listes d’actions à entreprendre ou d’investissement à réaliser. Ces listes sont ensuite priorisées en fonction des moyens nécessaires et des possibilités financières. Pourtant, rencontre après rencontre, il nous apparaît que la question des moyens est rarement première. Beaucoup des pistes pour le développement touristique évoquées depuis le début de notre itinérance nécessitent une appropriation par le territoire, et des changements d’attitudes. Ces changements peuvent concerner les acteurs professionnels du tourisme (comme par exemple la question des coopérations évoquée ci-dessus), mais parfois d’autres acteurs (comme les dépassements des frontières administratives territoriales), ou même l’ensemble des habitants (comme l’entretien des sites privés visibles depuis les sites touristiques, ou la connaissance de leur territoire pour en devenir ambassadeur). Ces aspects sont souvent difficiles à traiter, nécessitent du temps et de la persévérance, et de créer une large dynamique, mais apprendre à s’en saisir est la première des priorités.

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5ème rencontre: Agen

Le 30 octobre au soir, nous arrivons à Agen. Pour cette étape, c’est Lionel, du CDT47 qui nous accompagne. Comme à chaque fois, nous passons la soirée ensemble pour exposer la démarche, répondre aux questions, et parler du territoire de manière informelle, en partageant le repas. Le lendemain, nous suivons le protocole de l’Observatoire de l’Implicite, pour découvrir le territoire à travers les personnes qui l’habitent.

Quelques photos de l’étape du Fréchou à Agen :

Courte vidéo du ressenti des participants à l’issue de deux temps d’échanges:

Citons quelques thèmes qui sont ressortis de cette rencontre, et nourriront les travaux de l’Institut des Territoires Coopératifs. Les échanges ont mis en lumière plusieurs paradoxes, des écarts entre ce que l’on peut déduire de ce que l’on voit, et la réalité plus profonde du territoire. Quelques exemples :

  • D’un côté, la richesse des productions agricoles, signe d’un pays de cocagne. Effectivement, “tout pousse” en Lot-et-Garonne. De l’autre, c’est l’un des départements les plus pauvres de France…
  • D’un côté, le territoire a toujours été une terre d’immigration, et donc d’une très grande diversité culturelle, à l’origine de dynamisme et d’innovation, notamment dans les techniques agricoles. Le paysage est lui-même pluriel, puisque l’on parle des 9 paysages de Lot-et-Garonne. De l’autre, le territoire semble fondre ces différences, à la recherche d’un dénominateur commun…
  • D’un côté, l’accueil, l’ouverture, la convivialité sont des valeurs exprimées avec force par les habitants du territoire. De l’autre, les initiatives y sont souvent individuelles, l’habitat isolé, des centre-bourg désertés…

Que veulent dire ces paradoxes apparents ? Que recèlent-ils d’implicite ?  Comment s’en saisir pour exprimer des identités territoriales cohérentes avec la réalité ?

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6ème rencontre: Penne d’Agenais

Comme pour les autres rencontres, quelques images, sur la route d’Agen à Penne, la vidéo avec les participants, et quelques questionnements évoqués ensemble.

  • “Aller ailleurs, pour mieux revenir apprécier le magret d’ici ! “. Comme Yves l’évoque dans la vidéo, est-il nécessaire d’aller ailleurs pour apprendre à apprécier ce qui nous entoure ? Comment ceux qui viennent pour découvrir notre territoire peuvent-ils nous apprendre à le mieux connaître nous-mêmes ? Comment faire de l’accueil de l’autre l’occasion d’un échange à double sens ?
  • L’hétérogénéité du territoire de Lot-et-Garonne a été soulignée à chacune des rencontres. Elle est historique, géographique, démographique. Elle touche chacun dans ses origines. Dans certaines trajectoires familiales, il était jugé souhaitable de fondre, voire de renier, son identité d’origine pour être plus facilement intégré, au risque de dévalorisation et de perte d’estime de soi. Comment mettre en avant les identités multiples d’un territoire complexe ?  Comment éviter les simplifications réductrices ? Comment cultiver les identités sans en faire un facteur d’exclusion ?
  • La question du temps : on veut toujours aller plus vite, au plus direct… et pourtant, c’est le fait de savoir prendre son temps qui revient le plus dans ce que l’on apprécie du territoire. Et à l’issue de nos rencontres (d’environ 1 journée et demie) c’est toujours le temps qui a manqué, aux dires des participants. Comment modifier notre rapport au temps, pour mettre en cohérence notre désir d’agir en profondeur, et le temps que l’on accorde à l’échange et à la réflexion avant action ?

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7ème rencontre: Monflanquin

Courte étape, entre Penne d’Agenais et Monflanquin, lieu de la 7ème rencontre en lieu et place de celle de Villeréal initialement prévue. Du coup, c’est une seule journée de marche qui sépare les deux rencontres, et Monflanquin sera l’occasion d’une journée de pause, qui nous permettra de commencer la consolidation des différentes rencontres.

Quelques photos : La bastide, visible de loin – Une maison que ses habitants ont nommée “C’est la vie là” – On trouve tout en Lot-et-Garonne, même des éléphants – Et pourtant, la terre peut-être difficile à travailler en Pays de Serres…

La vidéo de nos échanges :

dsc03890Et cette photo, prise au Préau de l’Horizon à Penne d’Agenais, qui résonne comme tant de témoignages entendus depuis le début de notre itinérance…

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8ème rencontre: Villebramar

Nous profitons d’une journée de pause pour redécouvrir Monflanquin. Puis prenons la route de Cancon. Sur le site de l’ancien château de Cancon, le panorama souligne la diversité des cultures arboricoles: pruniers, noisetiers et noyers.

Puis nous arrivons le 9 au soir à Villebramar, où une quinzaine d’habitants nous accueillent : ils souhaitaient marquer cette dernière étape de l’itinérance et c’est autour d’une bien bonne choucroute que nous échangeons avant la rencontre du lendemain.

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Terre d’accueil & perte d’identité

Le département est profondément marqué par 2 siècles d’immigration. Espagnole dès la fin du Premier Empire et jusqu’aux Républicains à la veille de la guerre. Asiatique dès le début du siècle jusqu’à la décolonisation. Bretonne au sortir de la première guerre mondiale. Alsacienne lors de la seconde. Italienne en plusieurs vagues successives tout au long du XXème siècle. Algérienne à la décolonisation. Portugaise et Marocaine plus récemment encore…

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Sur cette « terre d’accueil », les immigrants cherchaient bien sûr à s’intégrer. Lors de nos échanges, ces efforts d’intégration sont très souvent évoqués par nos interlocuteurs. Ils pouvaient prendre plusieurs formes : l’abandon de la langue maternelle, la francisation du patronyme, et surtout, l’injonction à ne pas se faire remarquer, à « rentrer dans le moule ». Cette volonté d’intégration a peu à peu amené toutes ces générations d’immigrants à gommer leur particularisme. En fait, nous pourrions parler d’accueil « conditionnel » : je t’accueille, de manière plutôt chaleureuse d’ailleurs, mais à la condition que tu ne sortes pas du rang. Plusieurs fois, il a été fait référence (y compris par des gascons d’origine) à cette formule du gascon qui vous « accueille à bras ouverts, mais ne les referment jamais ».

Lors de nos rencontres, la question du « moule » a souvent été évoquée : rentrer dans le moule était d’autant plus important que celui qui en « sort », qui fait les choses différemment (des autres, ou de la manière dont cela « doit être fait ») apparait comme suspect aux dires de nombre de nos interlocuteurs. Sans doute peut-on voir ici l’une des sources possibles du caractère « un peu vieillot » (pour reprendre les termes entendus) des structures muséographiques départementales en général.

Le ministre Matthias Fekl a posé lors du lancement des Etats Généraux du Tourisme comme nécessaire de déterminer « une identité culturelle plus lisible du Lot-et-Garonne ». Peu à peu au cours de nos marches, un lien entre ces éléments, et un principe d’action apparaissent.

Le département est issu d’un métissage culturel d’une richesse incroyable, mais dont les héritiers ont cherché à gommer les caractéristiques. Ce qui fait dire à une participante de nos rencontres : « Nous n’utilisons pas assez notre richesse, cette culture mêlée ». De la même manière, le département est d’une diversité paysagère remarquable (voir “Un département qui s’écrit au pluriel”), mais difficilement mise en mots… Nous avons souvent entendu « nous ne sommes ni la Dordogne, ni le Lot, ni les Landes, ni le Gers… » et pourtant, du point de vue du paysage, le Lot-et-Garonne est tous ces départements à la fois !

La quête de son identité (paysagère ou culturelle) passant par la recherche d’un « plus petit commun dénominateur » ne pourrait que se résumer à une peau de chagrin. C’est sans doute la capacité à reconnaître les différences, mettre en avant les diversités, et entretenir cette pluralité qui donnerait sa force à l’identité du département.

Pour Edgar Morin, le tout est supérieur à la somme des parties car « il existe des qualités émergentes, c’est-à-dire qui naissent de l’organisation d’un tout, et qui peuvent rétroagir sur les parties ». Mais « le tout est également moins que la somme des parties car les parties peuvent avoir des qualités qui sont inhibées par l’organisation de l’ensemble ». Mettre à jour l’identité du département passe par la capacité à faire émerger chacune de ses qualités constitutives.

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Territoire et estime de soi

Lors de notre itinérance, nous traversons des lieux où nous sommes frappés par la qualité de leur entretien, et d’autres où nous sommes frappés par l’apparent abandon et l’absence totale de préoccupation esthétique. Ces lieux sont aussi bien des exploitations agricoles, des zones artisanales, l’emplacement des poubelles aux abords d’un village, ou le centre village et ses équipements, paysagers ou non. Le contraste est saisissant.

La randonnée permet de voir clairement les caractères de « contamination » ou d’exemplarité de ces tendances : lorsqu’un lieu nous semble particulièrement bien entretenu (par exemple, le château de Roumagne), le village est coquet et soigné, et les fermes alentours également, et ce, même lorsqu’il s’agit d’élevage bovin, activité où il peut être difficile de gérer les nuisances. Comme si un cercle vertueux est en place et incite implicitement chacun à entretenir son territoire.

Ailleurs, le cercle vertueux tourne… dans l’autre sens. L’exploitant agricole laisse à l’abandon les bâtiments et serres qu’il n’utilise plus, le stock de matériaux de l’artisan ressemble plus à une décharge, les poubelles communales débordent, les équipements du village ne témoignent d’aucun souci d’apparence.

Au cours de nos rencontres fortuites, il nous apparaît que l’on retrouve ces observations aussi dans la façon dont les gens nous parlent de leur territoire. Certaines manières de le définir non par ce qu’il est, mais par ce qu’il n’est pas… ou de le définir par rapport au territoire voisin par exemple. Parfois, ces images que nos interlocuteurs portent sont héritées d’un passé, empruntes de conseils de parents qui ont incité leurs enfants à aller ailleurs, ou à faire un autre métier. Le lien entre l’estime de soi, l’image que l’on porte sur son territoire, et la manière dont on l’entretient nous apparaît clairement. Et ce lien peut s’exprimer des deux manières distinctes :

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On évoque souvent de rendre les habitants ambassadeurs de leur département. Pour y parvenir, la toute première des choses à faire serait de travailler l’estime de soi, de ses origines, de son territoire.

Comment peut-on faire pour apprendre à apprécier ce que l’on est, ce qui nous entoure, et apprendre à changer de regard ? Lors de plusieurs rencontres nous avons pu voir l’intérêt de la photographie (partage de photos, concours…) pour développer, individuellement et collectivement un regard appréciatif sur son environnement, développer la curiosité. En un mot, commencer par développer le goût de soi, pour développer le goût de l’autre.

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Autosuffisance et coopération

Nous le savons tous : les femmes et les hommes façonnent leur territoire. Nous ne pensons pas toujours à la réciproque : les territoires façonnent également les comportements de ceux qui les habitent. Tout au long de nos itinérances, nous voyons la marque de cette relation à double-sens entre l’Homme et son territoire.

En Lot-et-Garonne par exemple, l’habitat est dispersé, les fermes, éloignées les unes des autres, sont en général entourées des terres. La polyculture traditionnelle y est encore très présente. En 1945, un géographe, M. Luxembourg, écrivait sur ce territoire : « Ainsi, le morcellement apparaît, dans une large mesure comme déterminé par ces vieilles traditions qui ne sont, au fond, qu’une survivance de l’économie fermée, qu’un reflet aussi de cet individualisme qui tend à se suffire à lui-même et qui a engendré un système agraire, dont la polyculture, si tenace, n’est qu’un des principaux aspects… Plus encore que les clôtures, la pleine liberté de travail et de mouvement traduit cet individualisme dont nous avons parlé. Il n’existe, ici, aucune obligation d’assolement. Chacun organise la rotation de ses cultures comme il l’entend. »

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Nous voyons des expressions multiples de cet individualisme. Près des bourgs et des villages par exemple, le mitage semble en progression constante, avec une caractéristique étonnante (et que nous n’avons pas vu ailleurs dans une telle mesure) : le nombre de propriétés closes, avec à l’entrée, les statues de deux aigles ou lions qui marquent les limites de la propriété. A l’échelle institutionnelle, nous voyons également au cours de nos randonnées de multiples signes de la concurrence entre les territoires et les collectivités.

Lors de notre itinérance en Pays de la Loire, nous avions remarqué que le débordement du fleuve amenait depuis des siècles, des pratiques des gestions collectives de l’espace commun, se traduisant par exemple au niveau individuel par une gestion collective des rotations des cultures et au niveau institutionnel par la création de 24 « communes nouvelles » en 2016, rien que sur le département de Maine-et-Loire.

Ces différences culturelles sont profondes. Le modèle de petites communautés familiales auto-suffisantes a certainement créé une capacité de résistance aux épreuves, de résilience, de compétition. Il n’a pas développé autant qu’ailleurs les capacités de coopération.

C’est sans doute un enjeu qu’il faudra relever pour mettre en place une politique touristique cohérente et transverse sur l’ensemble du département, qui s’affranchisse des frontières institutionnelles et autres limites géographiques, thématiques, professionnelles ou autres.

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Les mots du territoire

dsc03890A Penne d’Agenais, nous trouvons cette ardoise au Préau de l’Horizon. Lors de nos rencontres, la plupart des gens nous parlent un peu comme Camus de leur territoire. Ce que les spécialistes du tourisme qui nous accompagnent notent, c’est la différence entre les mots utilisés et ceux que l’on lit dans des brochures touristiques…

Rarement par exemple les habitants parlent de « qualité de la vie », mais tous trouvent des mots bien à eux pour nous dire qu’ils ont une vie de qualité ! Quel est ce palmarès des mots entendus pour qualifier le territoire ?

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Le premier mot, c’est « vivre », et toutes ses déclinaisons. Ici, on « prend le temps de vivre », de « bien vivre », de mener une « vraie vie ». Le « temps » est respecté, car il a de la valeur.

Mais qu’est-ce donc qu’une « vraie vie » ? C’est la vie des « choses simples », des choses « authentiques » : celles de la terre, des échanges sincères et francs, de la « convivialité », des gens qui se disent « bonjour ».

Alors, que ressent-on lorsqu’on a la chance de vivre dans un tel territoire ? Tout simplement, on s’y « sent bien ». On y ressent une « paix intérieure », une « sécurité », de « l’équilibre ». On y est « rassuré ». Parce que c’est un territoire à « échelle humaine », où l’on « peut agir », où l’on est « reconnu ».

Sans oublier le « climat » bien sûr, mais surtout les « paysages », la « lumière », qui fait qu’à Duras, nous n’avons pas un château, mais 50 ! Ou cette lumière quand le matin, j’ouvre mes volets sur Garonne…

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Et si on laissait nos casquettes ?

Que pouvons-nous apprendre, non des échanges eux-mêmes, mais de la manière dont nous avons pu mettre notre processus d’itinérance en œuvre.

D’abord une confirmation : la principale difficulté est l’objection que l’on nous oppose pour organiser ces rencontres parce que nous demandons trop de… temps ! Une soirée, et presque une journée entière, avec 6, 8 ou 10 personnes… C’est beaucoup trop de temps ! Nous tenons bons. Nous ne changeons rien à notre protocole. Et comme d’habitude, à la fin de chaque rencontre, lorsque nous demandons ce qui a manqué à nos interlocuteurs, la réponse est souvent unanime : du temps. Parce qu’au fond, nous le savons tous : c’est le temps qui nous permet d’aller vraiment en profondeur, et de découvrir le sens des choses.

Et puis une observation : la difficulté, dans la logique territoriale de cette itinérance, de dépasser nos rôles. Souvent, les personnes invitées à nos rencontres l’étaient au titre d’un mandat (politique, professionnel, associatif…) ou d’une représentation particulière. Cela pose deux limites :

D’abord, on a vue partielle. Les participants, y compris les organisateurs de la rencontre, auraient souhaité avoir une diversité plus grande autour de la table. Effectivement, lorsqu’on cible principalement des rôles, on se prive de profils qui n’accède pas (ou ne souhaite pas accéder) à ces rôles de représentations et restons dans un entre-soi dommageable qui nuit à l’objectif d’aller à la rencontre de personnes différentes, qui ont chacune leur manière propre d’habiter, d’investir ce territoire.

Ensuite, ce ne sont pas les rôles qui ont des choses à dire, mais les personnes ! On accède effectivement à l’implicite à la condition de se parler au-delà des logiques de rôles, moins sur ce que les gens « font », que sur ce qu’ils « sont ».

A l’InsTerCoop, nous pensons que la capacité à mettre en œuvre des projets territoriaux dépend de plus en plus de la capacité à dépasser des logiques de rôles institutionnels et à associer des populations qui, à tort ou à raison, ne s’impliquent pas de cette façon et regrettent de ne pas y être associées.

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Vers un nouvel outil de développement territorial

Les marins disposent de cartes indiquant les repères invisibles car immergés dont la connaissance est essentielle à la navigation. Aucun marin ne part en mer sans sa carte sous-marine. Lorsqu’il s’agit de développement territorial, savons-nous accéder et nous emparer de cette dimension-là ?

L’InsTerCoop a entrepris de rendre visible la part implicite qui anime les acteurs des territoires et des projets. Accéder à cet « implicite » est indispensable si l’on veut réellement « comprendre », au sens plein du terme, au sens que lui donne Edgar Morin, lorsqu’il parle de compréhension humaine, qui dépasse la compréhension intellectuelle des choses. Dans notre travail, nous nous concentrons donc au-delà des projets, des actions menées, ou des différents rôles, sur l’identité, les valeurs, les représentations, les croyances des acteurs du projet… En nous centrant ainsi sur la relation, celle que chacun a avec lui-même, et celle entre les acteurs, nous mettons à jour les rouages profonds qui façonnent et animent le territoire.

Lors de cette itinérance, en partenariat avec le Conseil Départemental de Lot-et-Garonne et le Comité Départemental du Tourisme, nous avons pu valider cette approche, et sa transférabilité à des chargés de mission de développement territorial. L’objectif de notre partenariat était double : D’une part, utiliser l’Observatoire de l’Implicite pour compléter d’autres travaux de concertation des acteurs professionnel du tourisme et d’élus territoriaux pour co-construire une stratégie de développement touristique du département, à partir des représentations de ses habitants, et de leur lecture de l’histoire du territoire, de sa sociologie, de sa géographie ou de sa culture. D’autre part, transférer aux agents territoriaux notre démarche d’accès à l’implicite afin qu’ils enrichissent leur pratiques de développement.

Nous avons donc été accompagnés par 10 agents territoriaux et chargés de mission, par équipe de 2 à chacune de nos 8 étapes, afin qu’ils apprennent à accéder à la part implicite du territoire. Une telle expérimentation participe à l’essaimage du protocole que nous avons développé. Estelle et Stéphanie reviennent sur cette expérience.

Au delà de l’objectif premier d’accéder à l’implicite du territoire, cette expérimentation a montré l’intérêt d’une démarche menée sur le terrain avec les acteurs du développement territorial. Ils ont pu ainsi s’approprier individuellement et collectivement les enseignements de l’itinérance, d’une manière beaucoup plus approfondie que le partage d’un rapport d’étude aurait permis.

Pour l’InsTerCoop, cette itinérance est dans la continuité de nos travaux. Notre intuition est que chaque territoire recèle de capacités singulières à l’émergence de pratiques coopératives. La capacité à les mettre en lumière, non pas à partir de projets déjà existants, mais directement à partir du territoire, serait déterminante pour faire émerger des projets coopératifs dans des territoires apparemment moins dynamiques ou prospères, que certains désignent comme des “zones blanches”. L’Observatoire de l’Implicite devient un outil essentiel de développement territorial.

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Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt