Institut des Territoires Coopératifs

7 mai – Pôle Laine du Pays de Saugues

Saugues (Haute-Loire) – Rencontre avec les acteurs du Pôle Laine du Pays de Saugues

Son action

Le projet du Pôle Laine est une démarche collective, qui vise à développer économiquement une filière historique, la filière laine, sur un territoire actuellement en péril, à (re)créer du lien entre les acteurs et à reconnaître la valeur de leurs activités. Il est né en 2015 mais est le résultat d’un développement organique qui a commencé il y a 27 ans avec la création des Ateliers de la Bruyère, “entreprise sociale apprenante”, qui avait dans ses activités d’insertion, une activité de création autour du feutre.

Pour plus d’information, vous pouvez lire la fiche descriptive du Labo de l’ESS et l’article de la revue des tondeurs de moutons “Déshabillez-moi” qui montre bien l’écosystème autour du Pôle Laine, des Ateliers de la Bruyère, de Made In Gevaudan et autres initiatives.

Ce qu’ils retiennent de la journée

Des résonances avec nos travaux

Avec tous les collectifs que nous rencontrons désormais, nous reprenons dans notre journal d’itinérance trois points clés que la rencontre a permis d’explorer et de questionner.

Lors de notre tour de table final, les participants ont regretté l’absence de certaines personnes de l’écosystème du Pôle. Pour l’un, il manquait le responsable de telle entreprise, ou tel producteur de laine, pour l’autre il manquait telle personne en insertion au sein des ateliers qui aurait pu éclairer le collectif sur la pertinence de son action ou tel bénévole de l’association… Coopérer, au sens être co-auteur d’une œuvre commune, implique que les acteurs, sont non seulement réunis dans l’action, mais également dans la pensée qui préside l’action. C’est dans cette dialogie, “entre penser et agir ensemble”, qu’ils vont puiser les sources de reconnaissance que Camille interroge dans la vidéo, reconnaissance qui nourrit l’engagement. Faire vivre cette dialogie est exigeant et peut, à court terme, apparaître comme un frein à l’action. Lors de notre itinérance d’Automne 2018, nous nous étions arrêtés à Joinville (Haute-Marne), qui se préparait à être Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée. Au sein du collectif, les personnes durablement privées d’emploi étaient à la même place que les autres acteurs de l’écosystème. Nous avions vu alors la puissance de ce principe d’action et son impact sur la croissance personnelle des acteurs, et par conséquence, la croissance du collectif. Comme le dit Christian, la coopération dans l’expression.

La question du bénévolat et de l’engagement appelle une réflexion sur la double aspiration de tout individu : sens et reconnaissance. La reconnaissance est nourrie par le penser ensemble. Elle est également nourrie par l’introspection dans la mesure où la reconnaissance ultime n’est pas celle accordée par autrui, mais celle que l’on s’accorde à soi-même. C’est la raison pour laquelle le protocole de l’Observatoire de l’Implicite amène les personnes à l’introspection, pour qu’elle découvre les valeurs profondes que leur engagement au sein du collectif nourrissent. Cet exercice d’introspection, Edgar Morin en parle comme d’une “gymnastique psychique” aussi importante que la gymnastique physique que l’on fait pour entretenir notre corps. Faciliter ces temps d’introspection est l’une des manières de répondre à la double aspiration de sens et de reconnaissance. Sur ce sujet, rappelons le témoignage de Patrick Viveret sur le PFH (le précieux facteur humain, qui peut également devenir le putain de facteur humain) et son approche par l’implicite.

Enfin, lors de la rencontre avec le Pôle Laine, nous avons évoqué longuement la question de la coopération avec des personnes qui ne souhaitent pas coopérer. Nos travaux ont montré que la maturité coopérative permet de développer la “coopération inconditionnelle”, c’est-à-dire la capacité à développer une posture de coopération quelles que soient les situations et les personnes. Développer cette capacité requiert une authentique curiosité de l’autre. Elle repose sur une capacité à questionner l’autre pour l’amener à construire le sens que cette coopération (ou non-coopération) peut avoir pour lui. Trop souvent, notre questionnement ne repose pas sur cette exploration, mais sur les réponses que l’on a soit même déjà données. Il est alors plus destiner à convaincre l’autre, ce qui entraîne une justification qui peut ancrer encore plus solidement son opposition, qu’à l’exploration de son positionnement. On cherche souvent à “donner du sens” : rappelons, comme l’expose Eugénie Vegleris dans son livre « Manager avec la philo » que « l’expression ‘donner du sens’ est philosophiquement inexacte. Le sens ne se donne pas, il se découvre et se construit». Apprendre à se questionner soi-même, partager les questions, et questionner l’autre est un merveilleux outil de construction du sens.


Les percées les plus passionnantes du XXIème siècle ne viendront pas de la technologie, mais d’une vision augmentée et élargie de ce que veut dire être un être humain» – John Naisbitt